Plan de l'article:

- la famille, lignée paternelle

- minutes du procès

- les galères de Marseille

- informations diverses sur les galères et le bagne au royaume de France

 

flotte de galères au mouillage

Flotte de galères au mouillage

 

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Archives départementales de Brest, série B, tome I antérieur à 1790, article B846

Procès instruit contre Jean Queffelec, journalier, natif de la paroisse de lababan, demeurant au bourg de Pouldreuzic, accusé de vols de vaches, la nuit et avec effraction, au préjudice du recteur de Meillars et de Richard Christien, de la paroisse de Pluguffan.

Condamné à quarante ans de galère.

 

 

La famille, lignée paternelle:

 

Jean est fils de Guillaume x Marguerite Le Treut. Il est témoin au décès de sa mère le 31 janvier 1730 à Lanvern village de K/drein 50 ans, son père est décédé le 5 janvier 1733 à Lanvern K/drein agé de 50 ans.

Jean s'est marié à Jeanne LE GADONA le 18 octobre 1728 à Lanvern lui était de Lababan, dont il a eu un fils Jean né le 11 octobre 1729 à Pouldreuzic.

Jean est décédé au bagne de Marseille le17 juin 1733 agé de 27 ans.

Je ne connais aucune descendance de cette famille, ses parents ont certainement souffert et du procès et de l'envoi de Jean au bagne. Ils sont tous deux décédés dans un court laps de temps pendant et après ce procès

 

Famille à Jean bagnard

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Les minutes du procès:

 

B art 846-1

 

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Les galères de Marseille:

 

HISTORIQUE

1481 : rattachement de la Provence au royaume de France, qui marque le début des galères dans le port de Marseille. Les premières condamnations datent de 1522.

1661 : Colbert prend la direction de la marine, son fils le marquis de Seignelay lui succède en 1683.
Tous les deux oeuvrent pour le développement de la flotte de guerre et aussi de prestige. C'est la grande période du règne de Louis XIV. On construit et on arme des galères, pour celà il faut des "bras", outre les esclaves turcs achetés en méditerranée et les volontaires on fait appel à la justice pour que celle-ci envoie le plus possible de condamnés.
Entre 1680 et 1715 environ 38000 hommes sont envoyés à Marseille.

De 1715 à 1748 , c'est à dire après la mort de Louis XIV pendant la régence et le règne de Louis XV, le nombre de galères donc de galériens décroît à celà plusieurs raisons : les guerres ont couté très cher, on s'aperçoit que les galères ne sont pas de bons navires de guerre, on le savait déjà mais on redoutait de contrarier le Roi Soleil ! durant cette période 20000 hommes sont envoyés à Marseille.

En 1778 le bagne de Marseille ferme, ses archives sont envoyées à Toulon ses forçats soit à Toulon soit à Brest.

En 1743 ouvre le bagne de Rochefort qui fonctionnera jusqu'à 1852.

La transition des galères au bagne s'est faite à partir de 1748. Les galères n'étant plus d'actualité les forçats furent mis à des travaux pénibles dans les ports et les arsenaux, jusqu'à cette date ceux que l'on appelle des bagnards sont en réalité des galériens.

Ces rassemblements d'individus dangereux dans les ports sont de plus en plus mal supportés par la population qui leur reproche entre autre de fournir de la main-d'oeuvre à bon marché qui concurrence les ouvriers surtout en période économique difficile.; et on pense dès cette période à les envoyer dans des territoires lointains : dès 1795 il y eut des relégations à la Guyane : Collot d'Herbois et Billot-Varennes ainsi que des députés de la Constituante.

C'est en 1852 que le décret instituant la transportation est publié, son but aider à peupler les colonies françaises en réalisant des travaux pénibles voirie, défrichage...

En 1852 le bagne de Rochefort est vidé de ses 476 forçats restant en 3 voyages.

Du 27/03/1852 au 27/08/1858 : 14 voyages transportent 4134 forçats de Brest.

Toulon fut vidé entre Septembre 1852 et Février 1867 : 10784 condamnés partirent.

La suite ne fait pas l'objet de cette conférence mais je veux néanmoins rappeler que la suppression définitive du bagne ne date que du 17 juin 1938

LE PARCOURS DU GALÉRIEN

Dans l'étude des délits des peines et de leur application il faut distinguer 2 périodes :
- de 1661 à 1715 période d'apogée des galères et règne de l'absolutisme
- puis de 1715 à 1748 période de déclin et d'arrêt des galères.

Quels sont les délits qui conduisent aux galères pour la première période :

31 % de condamnés de droit commun : on va de l'assassin condamné à mort dont la peine est commuée en condamnation aux galères à vie, aux voleurs, perturbateurs troublant l'ordre public : vagabond, individus dont les moyens de subsistances ne sont pas clairs... Ce sont pour la plupart des petites gens, tâcherons, journaliers des campagnes et des villes, artisans compagnons des métiers du textile et du cuir. Une minorité d'exploitants agricoles, quelques petits bourgeois et notables : curés libertins, négociants escrocs ou banqueroutiers quelques notaires "véreux".

16 % de faux sauniers : à cette époque le sel est indispensable pour la conservation des aliments viandes et poissons, l'état a donc créé un monopole et un impôt sur la vente de ce produit la gabelle son taux n'est pas le même dans tout le royaume selon l'éloignement de la production, il y a des régions de grande gabelle et de petite gabelle. Pour les régions où le sel est peu taxé, il est tentant de s'en procurer et de le revendre avec profit dans une région de grande gabelle. Ce délit de faux saunage est sanctionné par les juridictions des greniers à sel, à la première infraction le contrevenant est souvent condamné à une lourde amende, mais comme il s'agit de pauvres gens incapables de payer, ils sont alors envoyés aux galères. On retrouve parmi les galériens beaucoup de faux sauniers des régions de l'ouest de la France : Bretagne, Anjou, Maine, Aunis, Saintonge.

45 % de déserteurs : Il n'y avait pas de conscription l'enrôlement dans l'armée se faisait par des sergents recruteurs qui parcouraient les villes et villages en faisant miroiter à des pauvres gens desoeuvrés ou dans le besoin les avantages d'un engagement, en faisant de belles promesses et en offrant des primes d'enrôlement, le tout copieusement arrosé au cabaret du coin. Après dégrisement "l'enrôlé volontaire " se rendait compte de son malheur et prenait la fuite, de même certains soldats ne s'habituant pas à l'état militaire quittaient leur régiment. Dès qu'ils étaient rattrapés la condamnation à de très lourdes peines de galère était appliquée. Dans cette rubrique on trouve aussi les insoumis qui n'hésitaient pas à frapper ou même tuer un supérieur hiérarchique.

4 % de protestants : après la révocation de l'édit de Nantes en 1685 beaucoup de protestants tentèrent de quitter la France pour se réfugier dans des pays du nord de l'Europe, ceux qui étaient rattrapés étaient condamnés aux galères. Il s'agit dans ce cas de gens parfois riches, bourgeois et notables. Le nombre de protestants condamnés aux galères a été très souvent exagéré, au plus fort de la repression il n'a pas dépassé 4 % des galériens

4% des condamnés le sont sans explication du motif du délit, dans les registres d'inscription on trouve des formules du genre : sans dire pourquoi, pour les cas résultant du procès...

Pour la période comprise entre 1715 et 1748 la répartition des galériens varie :

On trouve de plus en plus de délits de droits communs : 45 % au lieu de 31 %

Les délits de contrebande augmentent : 44 % aux faux sauniers s'ajoutent maintenant la contrebande sur le tabac, il y a surtout une meilleure organisation de la poursuite des contrebandiers.

Il n'est plus question de protestants

6 % des délits ne sont pas explicités.


COMMENT EST-ON ENVOYÉ AUX GALÈRES ?


Après arrestation suite à un délit (le détail des divers délits a été donné ci-dessus), le contrevenant est traduit devant un tribunal. Toutes sortes de tribunaux sont compétents : les tribunaux criminels pour les droits communs. Les conseils de guerre qui peuvent être permanents dans une ville ou créés selon les besoins. Les parlements, les tribunaux du bailli, du prévôt du sénéchal, du grenier à sel. La complexicité du découpage de la France à cette époque est telle que de nombreux tribunaux sont compétents pour envoyer aux galères, leur diversité fait que les sanctions pour un même délit peuvent être très différentes, il n'existe aucune harmonisation.

Une fois le sentence prononcée le condamné est mis en prison en attendant son départ. La prison est choisie en fonction des lieux de passage de la chaîne qui conduira le condamné à Marseille, il y a des regroupements dans certaines villes.
Certaines prisons sont restées célèbres à Paris la prison des Tournelles ou Tour St Bernard a une sinistre réputation.
Il peut s'écouler parfois presque un an entre la date de condamnation et celle de départ. Certains ne partiront jamais n'ayant pas supporté la prison.


LES CHAÎNES

Les galériens partent pour Marseille à pied, ils traversent les villes, ils sont enchaînés 2 par 2 et reliés les uns aux autres. Ils sont soumis aux regards du peuple et cette exposition fait partie du châtiment, elle est sensée avoir la valeur d'un exemple et être destinée à faire réfléchir ceux qui voient passer la chaîne et avoir un effet dissuasif sur leur conduite ! A cette époque la vie était dure pour tous et les gens n'étaient pas très enclin à la pitié, on regardait passer la chaîne au mieux avec indifférence au pire en injuriant ou en jetant des pierres aux condamnés.

La chaîne était conduite par un homme qui avait passé un contrat avec l'administration, il touchait une somme forfaitaire par galérien arrivé à Marseille, sur cette somme il devait nourrir loger les prisonniers et même payer l'enterrement de ceux qui mouraient en route, ainsi que les salaires de ceux qu'il embauchait pour surveiller les condamnés.


LES TRAJETS

Il y avait 3 chaînes principales conduisant à Marseille et des amenés : chaines moins importantes amenant soit à une prison se trouvant sur le passage d'une des chaines soit directement à Marseille pour les petites distances du sud de la France.

Les 3 chaines principales furent :
- La chaîne de Paris
- La chaîne de Bretagne
- La chaîne de Guyenne
La Chaîne de Paris : départ 2 fois par an en automne et au printemps, plus souvent si necessaire.

Elle rassemble les condamnés de la partie Nord de la France, sauf les condamnés de Lorraine, Alsace et Franche Comté qui transitent par Dijon.
Le départ est situé à la prison des Tournelles, premier arrêt à la sortie des fortifications de Paris : Charenton où les prisonniers sont souvent delestés de ce qu'ils ont de plus précieux par leurs gardes.
La chaîne emprunte la vallée de la Seine jusqu'à Montereau, puis elle remonte la vallée de l'Yonne jusqu'à Auxerre là elle oblique vers l'Est en passant par Montbard et Alise Ste Reine et rejoint Dijon. Cette partie du trajet prend environ 2 semaines à pied ce qui fait des étapes de 23 à 25 km par jour.
A Dijon on récupère ceux de l'Est de la France, on descend sur Chalon sur Saône, là on embarque sur la Saône et on descend jusqu'à Lyon, puis sur le Rhône jusqu'à Avignon ce qui prend environ 10 jours
A Avignon il reste une centaine de kms qui se font à pied par Orgon, Lambesc. En tout il faut 1 mois.

La Chaine de Bretagne : elle part de Rennes, elle récupère ceux de la généralité d'Alençon, elle rejoint la Touraine par Angers , Saumur et Tours étape importante où on récupère les condamnés du Poitou, Maine et de l'Orléanais. Elle s'écarte du Val de Loire pour remonter la vallée du Cher et de l'Auron, en passant par Montrichard, St Aignan Selles Vierzon et Bourges. Les forçats gagnent ensuite Moulins, Lapalisse, Roanne en traversant les départements de l'Allier et de la Loire, ils franchissent les Monts du Beaujolais par Tarare et l'Arbelle. Ils rejoignent alors Lyon. Le trajet vers Marseille est alors identique à celui de la Chaîne de Paris. Ce trajet prend au total 6 à 7 semaines, c'est la Chaîne la plus longue et la plus dure.

La Chaîne de Guyenne : départ de Bordeaux où se rassemblaient tous les condamnés de Guyenne, Saintonge, Aunis et Navarre.
A Toulouse les condamnés sont embarqués sur le canal du Midi jusqu'à Sète, d'où ils rejoignaient Marseille soit à pied soit par Mer. C'est la chaîne la moins longue et celle où il y a le moins de décès.

Ces conditions de transfert sont valables pour l'époque de Louis XIV, après 1715, les hommes ont voyagé en charette mais cela dépendait du bon vouloir du conducteur de chaîne qui devait prendre la somme demandée sur ses crédits, et aussi de la bonne volonté des habitants qui n'étaient pas toujours disposés à louer des moyens de transport pour les forçats surtout en pleine période de récolte.

A leur arrivée à Marseille les futurs galériens sont parqués sur la "Vieille Réale" une grande galère désaffectée qui sert de dépôt.C'est à ce moment que sont remplies les fiches que vous pouvez consulter. Nous reviendrons plus en détail sur leur contenu, sachez tout de suite qu' on leur affecte un numéro de matricule qui permettra de suivre leur parcours tout au long de leur captivité.
Les galériens sont ensuite "exposés", un peu comme dans un marché aux esclaves, les capitaines de galère et leur équipage, choisissent les hommes les plus jeunes et qui paraissent les plus robustes pour constituer leur chiourme.Ils sont donc répartis en fonction de leur aptitude et ils vont commencer à apprendre "leur métier". Pour bien comprendre comment les choses se passent, donnons quelques détails sur la galère et son fonctionnement.


LA GALÈRE

La galère est un bateau de guerre qui peut-être manoeuvré à la rame ou à la voile selon les conditions atmosphériques.
Pour une galère normale la longueur est de 55 m sur une quille de 40 m, la largeur maximale de la coque est de 7 à 8 m. Les commandantes et la Réale ont des dimensions plus importantes mais un rapport de 1 à 6 est conservé entre la longueur et la largeur.
Chaque fois que c'est possible on navigue à la voile : on dispose de 2 mats mobiles : l'arbre de mestre de 23 m de haut situé au milieu du navire et l'arbre de trinquet de 18 m juste devant la proue. On a en tout 8 voiles latines qui permettent d'exposer au vent 500 m2 de toile. Les galériens doivent apprendre à hisser les mats et les voiles opération qui demande un effort physique et un bon entrainement. Avant de se décider à naviguer à voile il faut s'assurer que le vent se maintiendra quelques heures !

La galère est divisée en 5 parties inégales :

La poupe : où se trouvent le capitaine et son état major composé d'un lieutenant, un sous-lieutenant et un enseigne. Cette partie fait environ 4,6 m de long.

L'espale : 2 m de long sur toute la largeur, endroit où on arrivait quand on montait à bord, servant aussi de corps de garde.

Corps de la galère : il est constitué d'un couloir central de part et d'autre duquel sont disposés de 2 rangées de 26 bancs sur une galère normale et 32 bancs sur la Réale et 28 à 30 sur la Patronne et les commandantes.

Sur chaque banc il y a place pour 5 galériens . Le galérien occupant la place intérieure (en bordure du couloir) s'appelle le vogue-avant, c'est l'homme qui doit fournir le plus gros effort , c'est la place la plus pénible, du plus vigoureux au plus faible on a donné des noms : vogue-avant, tiercerol, quarterol, et quinterol. Sur la Réale où 7 galériens rament par banc on ajoute le sixterol et le septerol.

Entre le dernier rang de banc et la poupe se trouve une plateforme où sont entreposés l'artillerie et 6 ancres.

La galère se termine à la poupe par un éperon d'une dizaine de mètres.

La galère peut être couverte par une bâche qui se place au-dessus des rangées de bancs cette bâche est mise lors d'intempéries et la nuit pendant le sommeil des forçats.

Les galériens sont encadrés par des surveillants le principal est le comite, c'est lui qui commande les forçats, répartit les hommes en fonction de leur aptitude et leur apprend à ramer et à manoeuvrer, cet homme est puissant et craint de l'équipage il jouit d'un privilège essentiel il a le monopole de l'exploitation de la taverne du bord.

Les hommes sont enchaînés à leur banc : ils rament, mangent et dorment à leur place, ce qui frappe c'est le nombre de personnes à bord pour la taille du bateau, on vit dans la promiscuité la plus complète, état favorable au développement des épidémies et aussi des révoltes et bagarres compte tenu de l'impossibilté de s'isoler.

La galère est un bateau fragile, difficile à manoeuvrer et qui ne peut pas voguer en haute mer, il fait uniquement du cabotage et doit rentrer au port dès que le temps est mauvais. Son autonomie de marche est limitée par la résistance des hommes qui ne peuvent pas fournir des efforts importants pendant plus de quelques heures. Son but est de dissuader les bateaux pirates d'attaquer les bateaux marchands, d'impressionner par leur nombre la flotte ennemie devant les côtes espagnoles et italiennes ou de parader pour la Gloire du Roi, dans certains cas elles servent à transporter de hautes personnalités.


COMMENT SORT-ON DES GALÈRES ?

Entre 1680 et 1715 52% des forçats sont sortis vivants de l'épreuve, entre 1716 et 1748 53%. Peu de différence, de même entre les périodes de campagne et les périodes de repos.

Les causes de décès sont nombreuses : en cours de route la chaîne est une épreuve redoutable. Les trois premières années sont également fatales à beaucoup de détenus: les conditions de détention, le manque de nourriture ou du moins son inadaptation à des hommes fournissant un effort physique important, le manque de légumes et de fruits conduit au scorbut, maladie qui sévit pour les gens de mer à cette époque.
Les survivants sont le plus souvent originaires des villes, ce qui peut surprendre, car on pourrait penser que les habitants des campagnes sont habitués à la vie de plein air et aux efforts physiques, en fait les forçats originaires des villes sont beaucoup plus débrouillards pour se procurer de l'argent et des vivres. Certains villageois n'avaient jamais quitté leur village et ne connaissaient pas toutes les astuces des gens des ville, coupés de leurs racines ils sont perdus, le moral joue également un rôle dans la survie.
Les premières années passées les causes de décès sont : des épidémies, des bagarres, les campagnes de guerre.. Beaucoup de galériens sont déclarés : mort à l'hopital, il faut savoir que le service hospitalier dont disposaient les forçats était remarquable pour l'époque. St Vincent de Paul a beaucoup contribué à aider et à soigner les galériens En 1685 un nouvel hopital et une nouvelle gestion sont mis en place pour le grand bien des galériens par l'administration du royaume.

Parmi ceux qui survivent il y a ceux qui s'évadent. Les évasions réussies sont très rares 1% se sauve et n'est pas repris. Les habitants de Marseille et des environs connaissent la tenue des galériens, souvent ils sont marqués, et pour les motiver ils touchent une prime pour signaler les évadés et ils risquent une condamnation pour eux-mêmes s'il est prouvé qu'ils ont aidé un évadé.
L'évadé repris repasse en jugement, la durée de condamnation est allongée de 3 ans, on peut ainsi voir sur lés registres par exemple : condamné à 10 ans +3 +3, ce qui signifie que l'individu a fait 2 tentatives d'évasion.

Après avoir fait ce tour d'horizon général, venons en au contenu du fichier consultable à la bibliothèque qui permettra d'illustrer par des exemples concrets ce qui a été avancé ci-dessus.
Pour le bagne de Marseille nous avons les relevés des fiches de galériens dont la date d'entrée au bagne se situe entre 1640 et 1778 ; pour celui de Rochefort entre 1743 et 1852 aux environs de cette dernière date commencent les départs pour la Guyane.
Pour les bagnards de Marseille avant la fermeture on peut voir dans la rubrique date de sortie du bagne : Toulon ou Brest celà signifie que le condamné a été envoyé dans ce nouveau bagne pour poursuivre sa peine.


QUELS RENSEIGNEMENTS PEUT-ON ESPERER OBTENIR EN CONSULTANT LE FICHIER ?

Les registres d'enregistrement des bagnes sont relativement bien tenus si on les compare pour la même période aux registres paroissiaux d'état civil, le contrôle de l'état s'exerçait de manière plus pointilleuse, il est important de "ficher" ces individus dont certains sont dangereux et qui de toute façon sont en rupture de bans avec la société. Dans le registre de base sur lequel nous avons relevé les renseignements , les individus sont inscrits au fur et à mesure de leur arrivée, un numéro de matricule leur est attribué; il existait également d'autres types de classement : ordre alphabétique des patronymes, type du délit etc.. ceci permettait de faire des recoupements, de
voir si plusieurs individus d'une même famille étaient condamnés et pour quelles raisons , détecter une filière de faux-saunage ou de contrebande de tabac. On imagine quelle facilité ils auraient eu si l'informatique avait existé !

La base de données a été conçue à partir des relevés manuscrits effectués aux Archives de Toulon ou de Rochefort.
On y trouve dans l'ordre :

Le lieu de détention : Marseille ou Rochefort

Le Numéro de matricule : il est attribué à l'arrivée au bagne en principe cette numérotation commence à 1 et se fait par registre, c'est à dire qu'elle repart à 1 à chaque changement de registre.

Le nom patronymique du détenu

Le ou les prénoms

Le surnom : beaucoup de bagnards avaient des surnoms en particuliers ceux qui étaient dans l'armée, ces surnoms ne sont pas originaux.

Profession : elle n'est pas toujours indiquée , pour les sans profession il est précisé parfois : fainéant, bohême, vagabond

Situation familiale : il est précisé célibataire, marié ou veuf avec les nom et prénom de l'épouse, malheureusement ces renseignements ne figurent pas toujours sur les registres.

Age ou année de naissance : le plus souvent on donne l'âge, on trouve des condamnés à partir de l'âge de 12 ans et d'autres ayant plus de 70 ans !

Lieu de naissance : pas toujours facile à identifier, il s'agit pour la plupart de la paroisse, les départements n'existant pas encore on ajoute parfois le diocèse, l'évêché ou la province souvent l'inscription en est phonétique ou difficile à déchiffrer dans le manuscrit. Nous avons tenté de trouver le lieu de naissance réel et de mettre son code département afin de faciliter les recherches, ceci est sans garantie absolue car beaucoup de communes ont changé de nom ou ont disparu depuis cette époque.

Lieu de résidence : cette rubrique est rarement complètée dans les registres, c'est dommage car beaucoup de délits sont commis loin du lieu de naissance, on peut s'en rendre compte en consultant le lieu où a siégé le tribunal qui a prononcé la sentence.

Les parents : ils sont souvent identifiés : prénom du père, nom et prénom de la mère, s'ils sont vivants ou décédés au moment de l'incarcération.

Chaîne ou amené : dans la première partie, les diverses chaînes et le détail des trajets ont été expliqués :
- Le jour d'arrivée à Marseille est mentionné , mais hélas pas celui du départ qui était sans intérêt pour celui qui tenait le registre.
- On peut voir qu'il y avait des chaînes importantes de plus de 200 individus , il faut se rappeler que tout au long des étapes on récupérait les condamnés qui attendaient le passage de la chaîne dans une prison.
- On remarque, ce qui avait déjà été signalé le nombre de morts en route, si j'ai choisi 2 chaînes conduites par le sieur Joseph De LAGRES, c'est pour montrer qu'il y avait un taux de mortalité élevé avec ce conducteur de chaîne, par rapport aux autres conducteurs cités ici.
- Mise à part les morts en route, il y a quelques évasions mais rares, chose plus étonnante certains détenus sont libérés en route, ordre du Roy !
- Ce qui est appelé la venue de Perpignan est peut-être une partie finale de la chaîne de Guyenne, elle montre que les condamnés étaient parfois transportés en bateau loué à un particulier de la région.

Tribunal : on peut apprécier la variété et le nombre de tribunaux compétents pour condamner aux galères.

Cause du Jugement et durée de la condamnation, ces 2 renseignements vont être traités ensemble bien qu'ils correspondent à 2 lignes différentes sur la fiche
Comme nous l'avons vu précedemment il y a 2 périodes distinctes :

- Règne de Louis XIV de 1680 à 1715
- Régence et règne de Louis XV 1715 à 1748

Les différences portent sur la répartition des délits mais aussi sur la durée et l'application des peines : Au cours du règne de Louis XIV c'est l'arbitraire total : 1/4 des condamnés à vie ont été relachés après 3 ans ou moins, plus de la moitié ont fait moins de 10 ans. 27 % des hommes condamnés à 3 ans ont faits entre 5 et 24 ans de galères surtout si ils étaient de bons rameurs !

PETIT Jean laboureur de Tronville en Barois est condamné par le parlement de Paris à 3 ans pour avoir tué sa femme , c'est peu , la fiche étant incomplète on ne sait pas quand et comment il est sorti !

GESLIN Guy 50 ans originaire de l'évêché de Rennes est condamné à 10 ans pour homicide , il entre au bagne en 1681 et est libéré le 12/04/1686 par ordre du Roy, il a fait 5 ans.
N°12)

BELHOMME Guillaume laboureur condamné à vie comme déserteur le 14/07/1693 est libéré le 30/12/1693 par ordre du Roy, il a fait 5 mois.

DELILLE Jean originaire du Quercy est condamné à vie comme déserteur le 15/11/1693 il est libéré le 26/05/1702 par ordre du Roy à condition de servir dans les compagnies franches de la marine c'est en quelque sorte un retour à la case départ.

COLOMBIN Joseph de Marseille condamné à 3 ans pour désobéissance et mis la main à l'épée contre son argousin (personne chargée le l'accompagner quand il sortait de la galère pour aller travailler à l'extérieur) entre aux galères le 21/01/1681 et est libéré le 19/05/1701 par ordre du Roy il a fait 20 ans.
N°15)

Les déserteurs étaient particulièrement sanctionnés : sur 1002 fiches identifiées dans la base 819 condamnations à vie et toutes de la période Louis XIV.

On a parlé de 4 % de protestants aux galères dans toutes les fiches il ne figure aucune condamnation pour motif de religion réformée, si on regarde celles où le motif n'est pas donné ( pour les cas résultants du procès) on est loin d'en trouver 4 %, alors sous quelle rubrique figuraient-ils ? c'est pour l'instant un mystère.

Parmi les délits de droit commun durement sanctionnés : ceux qui touchent de près ou de loin au Roy, tout ce qui concerne l'église vols d'objet du culte, blasphèmes.

en 1674 : une condamnation à vie pour avoir chassé sur des terres défendues ( appartenant au roi ou à un grand
seigneur)
en 1681 : 25 ans pour vol de poules sur les terres du roy
en 1692 : une condamnation à vie pour avoir volé un calice dans une église

A partir de la régence cette inéquité cesse radicalement : l'intendant général des galères expédie régulièrement la liste des forçats qui ont fait leur temps.

Cas exemplaires :
AMBIMAN Lazare alsacien condamné à 3 ans pour avoir laissé échapper un prisonnier en corse entre au bagne le 22/11/1749 et en sort le 28/11/1752. Il a fait juste son temps.

BAUDAUX Pierre condamné à 8 ans pour avoir volé des mouchoirs dans une auberge, il est jugé le 01/09/1797 et libéré le 23/12/1805, il a fait juste son temps mais on peut remarquer la sévérité de la sanction.

Autre cas de sévérité excessive : BIGOT André , sans profession condamné à vie pour avoir volé dans les troncs d'église le 10/08/1754, il est mort en 1780 il avait déjà fait 26 ans.

Si les délais de détention sont respectés, les durées et la sévérité des peines ne sont pas pour autant assouplis , pour les délits portant atteintes à l'ordre public en particulier le vagabondage et l'augmentation des peines et du nombre des contrebandiers ,aux faux-sauniers toujours très durement sanctionnés s'ajoutent ceux qui font la contrebande du tabac.

Dates de condamnation, d'entrée et de sortie du bagne: toutes ces dates sont données sous la forme JJ/MM/AAAA.
La date d'entrée au bagne si elle n'est pas précisée est celle d'arrivée de la chaîne. Il peut s'écouler jusqu'à plus d'un an entre la date de condamnation et celle d'arrivée. )

Motif de sortie du bagne : ils sont nombreux et variés.
La voie normale en fin de peine est la libération par ordre du Roy, mais comme il a été démontré ci-dessus ce n'est pas toujours rigoureusement respecté. Dans le cas d'un condamné à perpétuité la libération est parfois assortie d'une obligation de s'engager à servir dans les troupes du Roy

L'évasion : rare et sevèrement sanctionnée en cas d'échec

Changement de lieu de détention :

Expédition d'un galérien vers Toulon ou Brest lors de la fermeture du bagne de Marseille

En 1686 - 1687 et 1703 on trouve 76 galériens envoyés aux Isles d'Amérique (Antilles St Domingue) pour servir de soldat

A partir de 1852 à Toulon 155 bagnards sont envoyés en Guyane sur "l'Égérie" "L'Allier" ou " La Fortune"

Les bagnards ayant atteint la soixantaine ou même 70 ans sont détachés et envoyés dans une maison de force pour terminer leur peine ; Il s'agit souvent de la maison de force de Belle-Isle en Mer.

Décès : nombreux en route et dans les premières années

En campagne : en particulier en 1675 et 1676 la campagne de Messine fut très meurtrière, actuellement dans la base on trouve 220 morts, certains à Messine même , mais la plupart du temps sur les galères, ou à l'hopital au retour, blessés au combat ou victime de maladie.

Entre 1701 et 1703, 16 morts à Cadix en Espagne

Il y a aussi quelques suicides et des morts par assassinat ou au cours d'une rixe.

Signalement : du condamné cette rubrique peut être succinte : taille bonne, poils chatains, elle parfois plus précise : taille exacte pas toujours dans le système métrique qui date de la Révolution, forme du visage, couleur des yeux, détail des cicatrices et marques particulières. Beaucoup de détenus avaient le visage marqué de petite vérole.

Observations : cette dernière rubrique permet de mentionner tout ce qui n'a pas été prévu dans le masque de saisie, en particulier l'exposition du galérien à son arrivée aux galères, ses diverses évasions et les dates de leur jugement...


QUELQUES LIVRES POUR EN SAVOIR PLUS


Marc VIGIE : Les galériens du Roi. Paris, Fayard éditeur 1985

Jacques Guy PETIT- Nicole CASTAN - Michel PIERRE - André ZYSBERG :

Histoires des galères, bagnes et prisons du XIII ème au XX ème siècle

Toulouse, Privat éditeur 1991

André ZYSBERG : Les galériens vies et destins de 30000 forçats sur les galères de France de 1680 à 1748, Paris Le Seuil éditeur 1991

Michel PIERRE : La terre de la grande punition histoire des bagnes de Guyane, Paris Ramsay 1988

 

 

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informations diverses sur les galères au royaume de France:

La peine des galères était une condamnation pénale surtout pratiquée en France sous l'Ancien Régime et qui consistait à envoyer les forçats comme rameurs sur les galères. D'autres nations usaient aussi de cette pratique : les républiques de Venise et de Gênes, l'Empire d'Espagne, l'Empire ottoman, mais de manière beaucoup moins systématique que la France.

Durant toute l'Antiquité, y compris à Rome, et au Moyen Âge, les rameurs sur les galères étaient des hommes libres et des combattants y compris au cours de la bataille de Lépante qui opposa la flotte chrétienne de la Sainte Ligue, aux Ottomans.

L'évolution technologique de la guerre et des navires imposa des navires de grande dimension chargés de canons, qui demandaient un équipage plus expérimenté et spécialisé, rendant moins utile l'utilisation de la force physique pour propulser le navire.

En 1571, la bataille de Lépante, à laquelle la France n'avait pas participé, avait démontré la supériorité des galéasses armées de canons, composées de rameurs volontaires libres, à la fois soldats et marins, et surtout grâce à la grande voilure beaucoup plus manœuvrables que les galères.

En outre, le glissement de la puissance maritime de la Méditerranée vers l'Atlantique s'appuie sur le développement de la marine à voile avec le galion puis le navire de ligne. La galère, navire sur lequel la puissance maritime de Venise s'appuyait au Moyen Âge, n'avait plus d'utilité commerciale et militaire dès le XVIe siècle. De ce fait, seule la France va mettre en place au XVIIe siècle une organisation pénale spécifique basée sur la peine des galères.

La condamnation aux galères

La condamnation aux galères est à la fois une réponse face à la déviance, mais aussi une manière pour le Roi Louis XIV de marquer sa puissance sur l'ensemble de ses sujets, y compris le bas peuple et les opposants religieux (huguenots) au roi très catholique.

Les galères sont un type de « peine afflictive et infâmante » à laquelle condamnaient les juridictions pénales de l'Ancien Régime pour certains crimes car le droit commun de la France ne prévoyait de peines de prison que pour des causes civiles (en attente de paiement des dettes) ou pour s'assurer de la personne d'un accusé en attente de son jugement.

Outre les condamnation civiles ont été galériens au temps du Roi Soleil :

  • avec la révocation de l'édit de Nantes et la guerre des Camisards qui suivit, plusieurs centaines de protestants y furent condamnés.
  • s'y trouvaient aussi des prisonniers turcs et maures marins ou soldats des navires barbaresques et prisonniers de guerre européens des guerres menées par Louis XIV.

La plus importante flotte européenne de galères au XVIIe siècle, était celle de l'Arsenal des galères. La Grande Réale avait à bord 450 rameurs esclaves royaux (la chiourme) et mesurait 130 m de long ; à ces hommes s'ajoutaient les soldats, la maistrance qui pilotait le navire et les argousins chargés des gardes-chiourmes (pertuisaniers) qui mataient les prisonniers. Sur cet espace se trouvaient donc plus de 600 hommes. La flotte de l'Arsenal de Marseille en 1630, qui avait plus 20 galères, demandait une véritable concentration de galériens, 6 000 hommes.

La mise en place de cet Arsenal demandait non seulement une organisation militaire importante mais aussi un système pénitentiaire de plusieurs milliers d'hommes. C'est cet Arsenal des galères qui est à l'origine des bagnes maritimes en France. La fin des galères en 1748 se traduisit par le début de la transportation des condamnés aux colonies, suivant pour cela l'exemple anglais de Botany Bay.

Enfin pour faire face aux besoins de la puissance royale de Louis XIV et à la mortalité très importante des galériens, Colbert organise la mise en place d'un véritable réseau de recrutement à partir des prisons dans toutes les provinces de France. C'est l'épreuve de la chaîne qui oblige les prisonniers à aller à pied enchaînés au travers de toute la France. Victor Hugo décrit cette épreuve dans Les Misérables au travers du personnage de Jean Valjean, qui se rend ainsi au bagne de Toulon. Jean Marteilhe, huguenot condamné, décrit son parcours au travers de la France et sa vie de galérien dans son livre autobiographique, Mémoires d'un galérien du Roi-Soleil.

La peine pénale aux galères

La condamnation aux galères, pour un temps de 3, 6 ou 9 ans, voire à perpétuité, consistait en travaux forcés qui s'effectuaient en principe sur les galères du roi, mais à partir de la fin du XVIIe siècle dans les arsenaux de la Marine, où des bagnes, c'est-à-dire des chantiers fermés et réservés aux personnes forcées de travailler (les forçats), sont organisés.

Les femmes condamnées aux galères voyaient leur peine commuée par des lettres patentes en une réclusion du même temps, soit dans une maison religieuse, soit à l'Hôpital général de leur domicile. Ces lettres étaient automatiquement délivrées par les services de la chancellerie, dès qu'un lieu de réclusion était arrêté avec l'avis des familles si elles se manifestaient, et sinon d'office.

Une circulaire ministérielle recommandait aux commandants des arsenaux et chantiers où étaient établis des bagnes de faire en sorte que les personnes instruites, tels que les notaires, soient affectées à des travaux utiles en rapport avec leurs capacités et non à des travaux de force pour lesquels ils n'étaient pas endurcis.

Une déclaration de Louis XV portant règlement des bagnes rappelle que les dimanches et jours de fêtes doivent être observés, que les condamnés ne sont forcés de travailler qu'un jour sur deux afin de contribuer à leur entretien, que pour les autres jours, ils doivent recevoir le salaire qui a cours chez les ouvriers des arsenaux, mais que ces sommes doivent être consignées et leur être remises, comme pécule et contre reçu, le jour de leur libération.

La Marine recrutait ses galériens auprès des tribunaux qui condamnaient, dans un premier temps, les criminels et, par la suite les petits délinquants, les faux-sauniers, les contrebandiers, les déserteurs, les mendiants, les vagabonds, les protestants, les révoltés contre les nouveaux impôts.

Colbert intervenait ainsi auprès des juges :

« Le Roi m'a commandé de vous écrire ces lignes de sa part pour vous dire que, Sa Majesté désirant rétablir le corps des galères et en fortifier la chiourme par toutes sortes de moyens, est que vous teniez la main à ce que votre compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu'il se pourra et que l'on convertisse même la peine de mort en celle des galères. »

— Lettre envoyée aux présidents de parlements (11 avril 1662)

Par une ordonnance signée par Louis XV le 27 septembre 1748, une partie des personnes condamnées aux galères sont dirigées vers des bagnes. On crée alors, dans les différents arsenaux de la Marine, le bagne de Toulon et le bagne de Brest (le bagne de Cayenne ne sera créé qu'en 1854 par Napoléon III).

La peine des galères subsistait pendant la Révolution, comme le montre la loi du 22 août 1790, qui condamnait à cette peine les voleurs ou les transporteurs à terre de munitions des vaisseaux d'une valeur supérieure à 50 francs (Bulletin des Lois).

 

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informations diverses sur le bagne au royaume de France:

En France, l’utilisation des condamnés comme rameurs sur les galères royales semble remonter à Jacques Cœur au XVe siècle. La peine des Galères fut systématiquement appliquée surtout à partir de Louis XIV sous l'impulsion de Colbert et notamment après 1685 pour éradiquer le protestantisme à la suite de l'Edit de Fontainebleau. L'Arsenal des Galères se situait à Marseille. Les Galères furent le premier système pénitentiaire organisé à l'échelle de l'ensemble du royaume. Elles sont à l'origine des Bagnes maritimes. Beaucoup de vocabulaire du bagne et de la prison provient du vocabulaire des galériens.

L'arsenal et le bagne, entreprise économique Au XVIIIe et début du XIXe siècle, rattacher le bagne à la Marine conduit à rechercher, réduire les dépenses du fonctionnement du bagne, à en faire au sein de l'arsenal un lieu de construction et de reconstruction des grands voiliers de ligne. L'utilisation de bagnards permet de réduire le coût. La Guerre de Sept Ans (1756-1763) qui se solde par la perte du Canada et de l'Inde pour la France, a démontré l'importance de la Marine anglaise qui assure son hégémonie sur les océans et les colonies pour un siècle et demi (jusqu'en 1914).

La Guerre d'indépendance des États-Unis 1775 à 1783, puis les Guerres révolutionnaires et napoléoniennes, vont contraindre la France à un effort très important, pour concurrencer la flotte britannique. La création des arsenaux et bagnes de Toulon, Cherbourg, Brest, Rochefort sont directement liés à un besoin de main d'œuvre pour construire la flotte française en utilisant le travail forcé

Les bagnes maritimes vont être transférés vers Nouméa et Cayenne en 1850 au moment où la Marine passe de la voile à la vapeur, quand la machine permet de ne plus faire appel au travail de force des hommes.

Le 4 septembre 1891, le décret d'application sur les règlements disciplinaires des établissements pénitentiaires stipulait l'interdiction pour les condamnés de recevoir une quelconque rétribution de leur travail. Toutefois les relégués, après la publication du décret (peines les plus légères et transportés ayant fini leur temps de condamnation) continuaient à percevoir un salaire quand ils travaillait pour l'administration pénitentiaire. Ils pouvaient également travailler à leur propre compte.

Le transfert de l'Arsenal des galères

Les Galères Royales, ayant à leur tête un Général des galères indépendant de l'Amiral de France et servies par un corps spécial, eurent dès l'origine leur base à Marseille ; c'est à Marseille que se trouvèrent jusqu'au milieu du XVIIIe siècle toutes les installations du Bagne. Quand les galères séjournaient à Toulon, les rameurs restaient en général à leur bord. Mais en 1748, Louis XV décréta la suppression du Corps des Galères et le rattachement de celles-ci à la Marine Royale.

Toulon devint ainsi la base des galères qui quittèrent définitivement Marseille, dont le Bagne fut supprimé. Toulon dut dès lors loger les forçats. On le fit d'abord sur les galères auxquelles on adjoignit des vaisseaux qui prirent le nom de bagnes flottants ; puis il fallut procéder à des installations à terre. À la fin du XVIIIe siècle, on ne construisit plus de galères mais on continuait à envoyer des forçats à Toulon. Il y en avait environ 3 000. Ces forçats ne faisaient plus office de rameurs ; on les employait à des travaux de force, de terrassement, de construction, dans l’Arsenal et même en ville. L'habillement des bagnards, composé d'un bonnet et d'un habit, avait une couleur différente suivant la nature et le motif de leur condamnation. Sous l'ancien Régime, ils étaient marqués au fer rouge. On encerclait un de leurs pieds d'un anneau muni d'un bout de chaîne permettant de les immobiliser. Les plus « durs » étaient enchaînés deux à deux ; le boulet au pied constituait une punition disciplinaire avec la bastonnade à coups de corde. Ces châtiments s’adoucirent progressivement. La nourriture, qui comportait peu de viande et une ration de vin pour les travailleurs, était surtout à base de légumes secs, d'où le nom de « gourgane » (« fèves » en provençal) qu'ils donnaient à leurs gardes-chiourme.

L'état sanitaire n'était guère brillant, de sorte que, dès le début, on avait dû se préoccuper de loger les malades à terre et d'aménager un hôpital du Bagne. Celui-ci fut installé en 1777 dans les casemates du rempart Sud-Est de la Darse Vauban, où des constructions supplémentaires furent édifiées, adossées au rempart. Puis l'hôpital se transporta en 1797 dans un immense bâtiment de 200 mètres de long, orienté Nord-Sud, construit en 1783 le long du quai Ouest de la Vieille Darse, appelé « Grand Rang ». Ce bâtiment avait un vaste rez-de-chaussée voûté à trois travées ; l’hôpital occupa le 1er étage. Deux tours d'angle carrées à toit pyramidal le terminaient au Nord et au Sud ; dans celle du Nord fut installée la Chapelle des Forçats. Le reste du bâtiment était occupé par les Services Administratifs. Quant aux forçats valides, on les avait logés là où se trouvait antérieurement l’hôpital ; mais en 1814, ils furent installés dans un bâtiment Est-Ouest de 115 mètres de long, perpendiculaire à l’hôpital, bâti en 1783 sur le quai Sud-Ouest de la Vieille Darse, entre la Chaîne Vieille de la passe et le Grand Rang. Près de là se trouvait amarré un navire dit « Amiral » qui gardait la passe et tirait le coup de canon du matin et du soir. La Révolution est marquée dans un premier temps par la libération des victimes de l'arbitraire de l'Ancien régime avec le code pénal de 1791. À partir du Directoire puis de l'Empire, on assiste au retour à une politique de répression. On passe de 4 000 bagnards en 1795 à 10 000 en 1812. La condamnation aux galères est transformé en peine des fers par le code pénal de 1810. Cette condamnation ne change pas le fonctionnement des bagnes dans les arsenaux. Il faudra attendre la politique de transportation, pour que le système pénitentiaire français change en 1850.

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Les Bagnes « descendants » des Galères par Patrice MERLAND

A partir du Moyen Âge, le rôle de la galère, dont l'utilisation remonte à l'antiquité, est double : militaire, pendant les périodes de guerre, et commercial pour le transport de produits onéreux ou de riches voyageurs. Avec le temps, les difficultés à garnir les bancs de nage, jusqu'alors occupés par les bonevoglies, obligent les capitaines à trouver d'autres moyens de recrutement. Ils ont, successivement, recours aux esclaves, aux travailleurs saisonniers puis, avec l'autorisation de Charles VII, aux personnes oiseuses ou vagabondes enrôlées de force. Ces volontaires seront, par la suite, directement recrutés dans les prisons avant d'être rejoints par les condamnés à mort ou à divers châtiments.

La peine des galères, prononcée seulement en temps de guerre, apparaît, en tant que condamnation, vers le début du XVIe siècle. D'abord non répressive, elle le deviendra quelques années plus tard. C'est donc en ramant sur les galères du roi que, jusqu'au milieu du XVIIIe siècle, les condamnés aux travaux forcés accomplissaient leur peine.

Elle est une sorte de peine capitale tant la mortalité y est importante mais aussi une peine corporelle en raison de son lot de supplices tels le port des chaînes et des entraves, le fouet en place publique, le marquage au fer rouge et, parfois même, la mutilation du nez et l'ablation des oreilles. Elle peut être soit à temps, pour des durées de 3 à 10 ans, soit à perpétuité. De fait, malgré les rappels de l'ordonnance royale de 1580 faisant défense à tous les capitaines de galères... de retenir ceux qui y seront conduits outre le temps porté par les arrêts ou sentences de condamnation, le roi soutient la Marine2, accordant peu de libération aux galériens en fin de peine.

Destinée à pourvoir les besoins en rameurs de la marine royale, la peine des galères satisfait également l'Etat en le débarrassant d'individus jugés dangereux. Toutefois, tous ne sont pas envoyés en mer. Les femmes, les vieillards, les malades, les fous sont placés dans les quartiers de force dépendants des hôpitaux et dans les maisons du roi. Le nombre croissant de prisonniers causait alors un sureffectif important qu'il était difficile d'endiguer sans construire de nouvelles prisons. C'est ainsi que la galère devient, pour des raisons économiques, un lieu de détention où la société déverse les individus dont elle cherche à se débarrasser.

Sous le règne de Louis XIV, Colbert, ministre de la marine, entreprend de reconstruire la flotte royale à l'image de son roi en la dotant d'un corps de galères important et prestigieux et, pour résoudre le problème du manque de rameurs, en assure le recrutement en faisant pression sur les magistrats : Sa majesté désirant rétablir le corps de ses galères et en fortifier la chiourme par tous les moyens, son intention est que vous teniez la main à ce que votre compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu'il se pourra, et que l'on convertisse même la peine de mort en celle des galères. Cette méthode radicale permit, ainsi, de désengorger les prisons et de répondre aux besoins maritimes. La longue période de paix suivant le règne de Louis XIV et les difficultés financières de l'Etat, ne lui permettant pas d'entretenir convenablement les équipages et la chiourme, entraînent une réduction de la flotte, maintenue pour recevoir les condamnés que les tribunaux continuent de lui envoyer.

Le 27 septembre 1748, Louis XV publie une ordonnance qui, sans supprimer les galères, organise autrement la gestion des condamnés. Les galériens sont destinés, à l'exception de ceux sélectionnés pour la rame, aux travaux de fatigues des arsenaux.

La nouveauté du bagne est d'être un établissement à terre dans lequel on enferme les galériens. Le bagne. Ce nom terrible évoque un univers violent et inquiétant que l'on se plaît à croire aux portes de l'Enfer. Le bagne. Ce nom magique suffit à lui seul à faire surgir les fantômes de Vidocq, Vautrin ou Jean Valjean.

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