Demat, bonjour,

Cet article pour présenter la thèse de doctorat soutenue à la Sorbonne en 1964 de Jacques Bernard "Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400- vers 1550)"

Prof_Jacques Bernard 3

Cet ouvrage liste les navires, les patrons , les équipages et les informations sur les bateaux et leurs cargaisons lorsque disponibles.

Page 238, on y trouve la mention d'un Yvon de Quevelec de Quimperlé et de son embarcation Lucasse :

page 3

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Le livre:

Tranche du livre

Jacques Bernard 1

Jacques Bernard 2

 

Jacques Bernard 3

 

Jacques Bernard 4

 

Jacques Bernard 5

 

Jacques Bernard 6

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L'analyse de Marcel Bataillon:

Marcel Bataillon 1

Marcel Bataillon 2

 

Marcel Bataillon 3

 

Marcel Bataillon 4

 

Marcel Bataillon 5

 

Marcel Bataillon 6

 

Marcel Bataillon 7

 

Marcel Bataillon 8

 

Marcel Bataillon 9

 

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Eloge au décès de Jacques Bernard:

 

Jacques Bernard, qui vient de disparaître le 22 avril 2010, à l’âge de 93 ans est aujourd’hui peu connu des Bordelais et Girondins, à l’exception d’une partie des historiens. Nous lui devons pourtant un ouvrage d’une importance considérable : sa thèse de doctorats ès-lettres, Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400- vers 1550)[1], dirigée par Yves Renouard, pour lequel il éprouvait une très grande admiration, forte de 826 pages de texte, est sans équivalent par sa richesse comme par son apport méthodologique. On y voit comment l’existence d’un riche fonds notarial permet d’atteindre en profondeur l’histoire économique. Son auteur était véritablement un maître dans le domaine de l’utilisation des minutes notariales : il a d’ailleurs consacré sa thèse secondaire(1968), toujours inédite, à celle-ci : Le notariat et la pratique notariale en Bordelais 1235-1520[2].Par rapport à deux autres grands ouvrages consacrés à la vie maritime à cette époque, les thèses de Michel Mollat du Jourdin et d’Henri Touchard, dont bien entendu je ne veux en rien diminuer l’apport ou l’importance, celle de Jacques Bernard présente deux supériorités. La première est cette richesse documentaire provenant du minutier bordelais, beaucoup plus fourni qu’en Bretagne ou Normandie ; encore fallait-il être capable de comprendre l’activité notariale et surtout de déchiffrer une écriture particulièrement difficile, et le devenant de plus en plus au XVI° siècle. A cet égard, son mérite est extrême, peu de personnes ayant d’ailleurs pu l’égaler dans l’enseignement de la paléographie moderne. La seconde est la capacité technique à comprendre la navigation à la voile, domaine dans lequel il excellait, était et reste sans égal. Il fallait également bien connaître le gascon de cette époque, qu’il maîtrisait totalement, n’hésitant jamais à parsemer ses conversations de mots ou d’expression venant du parler bordelais ou arcachonnais ancien.

 

Jacques Bernard, qui vient de disparaître le 22 avril 2010, à l’âge de 93 ans est aujourd’hui peu connu des Bordelais et Girondins, à l’exception d’une partie des historiens. Nous lui devons pourtant un ouvrage d’une importance considérable : sa thèse de doctorats ès-lettres, Navires et gens de mer à Bordeaux (vers 1400- vers 1550), dirigée par Yves Renouard, pour lequel il éprouvait une très grande admiration, forte de 826 pages de texte, est sans équivalent par sa richesse comme par son apport méthodologique. On y voit comment l’existence d’un riche fonds notarial permet d’atteindre en profondeur l’histoire économique. Son auteur était véritablement un maître dans le domaine de l’utilisation des minutes notariales : il a d’ailleurs consacré sa thèse secondaire(1968), toujours inédite, à celle-ci : Le notariat et la pratique notariale en Bordelais 1235-1520.Par rapport à deux autres grands ouvrages consacrés à la vie maritime à cette époque, les thèses de Michel Mollat du Jourdin et d’Henri Touchard, dont bien entendu je ne veux en rien diminuer l’apport ou l’importance, celle de Jacques Bernard présente deux supériorités. La première est cette richesse documentaire provenant du minutier bordelais, beaucoup plus fourni qu’en Bretagne ou Normandie ; encore fallait-il être capable de comprendre l’activité notariale et surtout de déchiffrer une écriture particulièrement difficile, et le devenant de plus en plus au XVI° siècle. A cet égard, son mérite est extrême, peu de personnes ayant d’ailleurs pu l’égaler dans l’enseignement de la paléographie moderne. La seconde est la capacité technique à comprendre la navigation à la voile, domaine dans lequel il excellait, était et reste sans égal. Il fallait également bien connaître le gascon de cette époque, qu’il maîtrisait totalement, n’hésitant jamais à parsemer ses conversations de mots ou d’expression venant du parler bordelais ou arcachonnais ancien.

Pour donner sa pleine mesure à l’Université, il aurait fallu qu’il puisse surmonter d’importantes difficultés personnelles ou qu’il se trouve dans un cadre comme celui de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il était en effet un homme d’érudition, de lentes réflexions autour de thèmes précis, mais certainement pas celui des amphis bondés et des cours didactiques, qui ne l’intéressaient guère. C’était aussi un conteur, domaine dans lequel sa personnalité se déployait le plus aisément et le plus brillamment, aussi bien en séminaire que dans les conversations privées ou dans les échanges, sur le port d’Arcachon notamment. Le « professeur », comme nous étions quelques-uns à l’appeler, était venu dans une université en pleine mutation où il ne se plaisait guère, d’autant plus qu’il eut du mal à y trouver sa place. Chargé d’enseignement dès 1960 sur la chaire d’Histoire de Bordeaux et du Sud -Ouest, en remplacement de Charles Dartigue-Peyrou, élu –avec difficulté- contre les médiévistes qui auraient préféré Pierre Tucoo-Chala, l’historien de Gaston Phébus et du Béarn médiéval, il occupa cette chaire jusqu’à son départ à la retraite le 2 janvier 1985,étant successivement maître de conférences-au sens d’autrefois- en 1968, et professeur à titre personnel en 1969.Une fois émérite, il ne quitta pratiquement plus Arcachon, vivant à partir de sa retraite, en 1985, à la maison de retraite Saint Dominique.

Le public qui venait l’écouter était peu nombreux et il n’eut que peu d’élèves, alors même que ses connaissances souvent prodigieuses et sa maîtrise des sources auraient dû lui assurer un grand rayonnement. Il y a d’ailleurs quelque parallèle à faire avec cet autre universitaire installé sur le Bassin, à La Teste, médiéviste comme lui, et pour la même époque à cheval sur les XV°-XVI° siècles, Gilles Caster, professeur à l’Université de Toulouse-Le Mirail, auteur de remarquables travaux sur le pastel et son commerce. Pourtant, Jacques Bernard sut à plusieurs reprises ouvrir la voie, dirigeant par exemple, dès 1961,un mémoire de maîtrise sur les inventaires après décès bordelais du XVIII° siècle, celui de Jean-Pierre Ponty, ou proposant un mémoire à Jacques Mesnard .On n’oubliera pas non plus que sa thèse est connue et admirée de tous les historiens du maritime, et que son œuvre a, par exemple, inspiré les recherches de Laurier Turgeon sur la participation aquitaine et basque à la pêche à la morue à Terre-Neuve et sur les relations avec l’Amérique du Nord au XVI° siècle, domaine dans lequel il fut sans doute le premier à s’avancer en profondeur. La pêche d’ailleurs l’intéressait beaucoup, y compris celle dans les rivières et les fleuves. Avec Jean-Pierre Bost, je puis témoigner qu’un petit groupe d’étudiants ne cessa ,chaque année, d’apprécier ses enseignements et que, par ailleurs, sa conversation était toujours fort enrichissante. Mais il faut bien reconnaître qu’il n’était pas l’homme du travail universitaire ordinaire.

 

Ses connaissances générales et régionales étaient étonnantes, et les conversations avec lui apportaient énormément pour connaître le passé de notre Gironde, comme purent l’apprécier beaucoup d’Arcachonnais, notamment Michel Boyé et Charles Daney. C’est en effet essentiellement à l’histoire du Bassin qu’il s’intéressa après 1970, écrivant malheureusement fort peu. Depuis un demi -siècle, il a été la référence, parfois écrite, souvent orale à cet égard car il y a avait peu d’aspects de cette histoire qu’il ne connaisse pas à fond, du Moyen Age à nos jours. Les lecteurs de sa thèse avaient été impressionnés par ses connaissances techniques en matière de navigation. Il ne faut pas s’en étonner : elles reposaient sur une pratique remarquable de la voile : Jacques Bernard était un véritable marin, qui adorait la compagnie des gens de la mer et qui amena à plusieurs reprises des voiliers de La Rochelle ou d’Arcachon en Méditerranée. Ses recherches de thèse conciliaient ainsi son goût pour l’érudition et son penchant pour la « vraie vie » maritime. Certes, il avait eu une éducation soignée, qui apparaissait dès qu’il le jugeait nécessaire, et qui ressortait notamment dans sa correspondance –sans oublier de souligner qu’il écrivait très bien et s’était doté d’un très beau style-,mais il lui était difficile de vivre en permanence selon les rapports sociaux convenus du milieu universitaire, ou d’autres milieux se voulant policés. Il lui arrivait alors, au sein de ces petits cercles amicaux qui lui convenaient bien davantage, de railler ces mœurs sociales, mais aussi les ambitions et mesquineries des uns et des autres, avec la verve d’un chansonnier, et souvent la dent dure.

Je n’aurais peut-être pas mis en exergue tout ce qui précède si cela ne nous permettait pas de bien comprendre l’ouvrage essentiel de Jacques Bernard, pour lequel Marcel Bataillon nous a proposé, en 1969,dans les Annales E.S.C.,à une époque où celles-ci étaient une revue exceptionnelle, une longue analyse de 9 pages qui est la meilleure introduction à Navires et gens de mer…Avec Marcel Bataillon, je voudrais pour terminer cette notice, retenir quelques points essentiels de ce grand livre. Le premier est sans doute une mise en perspective quasi définitive du trafic maritime de Bordeaux au Moyen Age et à l’époque moderne : au fond d’un estuaire, à l’écart des chemins maritimes traversant le golfe, avec peu de navires et de marins proprement bordelais. Un paradoxe ? Un manque d’esprit d’entreprise ? Certainement pas : leur entreprise était terrienne. Il s’agissait pour eux d’abord de produire du vin ; de même, au XVIII° siècle, ils s’occuperont peu de la traite, mais surtout des plantations antillaises et de l’exportation vers l’Europe des produits des Iles, venus s’ajouter à la vente des vins. Leur port n’était pas commode : dès le XVI° siècle, il fallut renoncer à décharger sur berge, en « montant à la planche », mouiller dans le fleuve, et recourir au trafic de centaines d’allèges ou petites gabarres, évolution qui ne cessa de s’intensifier à partir du XVI° siècle. C’est dans l’étude technique des gabarres, des caboteurs et des navires de haute mer de cette époque que Jacques Bernard se montre particulièrement brillant : il a toutes les connaissances techniques nécessaires, et il les utilise à fond, écrivant ce qui est encore le livre de référence à cet égard , se préoccupant notamment d’expliquer les différents types de carvelles ou caravelles. Les manœuvres, les routes, les aléas des fortunes de mer sont ensuite mis en lumière, tout comme les conditions de vie à bord, dans des textes que les historiens qui l’ont suivi, ne pouvaient plus ensuite que nuancer tant que la venue de la propulsion à vapeur ne vint pas changer les conditions de navigation. Il en va de même pour les conditions de vie des gens de mer, pour leur comportement (cf. l’étude de la violence) et pour leur psychologie, domaines dans lesquels ses chapitres sont tout à fait novateurs. Le trait humain, la notation concrète sont toujours présents, au point même qu’il a souhaité accentuer ces données en retraçant, à la fin de l’ouvrage, « quelques vies parallèles ».Enfin, comme je l’ai déjà souligné plus haut, la manière dont sont utilisés les documents du Public Record Office et les minutes notariales bordelaises, la façon dont il les a croisés en font, sur le plan méthodologique, un très grand livre de référence. Il avait d’ailleurs d’excellentes capacités de synthèse : ses deux chapitres du tome IV de la grande Histoire de Bordeaux, suffisent à le montrer.
Il a finalement peu écrit en dehors de Navires et gens de mer…, et il est dommage qu’il n’ait pas laissé davantage de textes, notamment sur l’histoire régionale, mais sa thèse est un véritable monument, sans équivalent pour ses apports et son ampleur à l’échelle nationale. Même s’il a été l’homme d’un seul livre, la qualité de celui-ci est telle qu’on peut écrire que c’est un historien de la plus grande envergure qui repose désormais à Arcachon, tout près de ce Bassin qu’il n’a pratiquement jamais quitté.

Jean-Pierre POUSSOU