17/7/2014. Demat, bonjour, hello,

 

 

Cet article pour présenter Clément QUEVELEC issu d'une famille de poissonniers installée à Quimper Locmaria.

 

 Sa mort est connue au travers d'un tragique périple d'une flottille de 3 vaisseaux en 1758 qui a coûté la vie à au moins 191 marins presque tous Bretons.

 

Extrait de la liste des morts pour le moi de Mai 1758:

mort le 2       Maturin Danjou de Dinan matot à 14 #
mort le 2       André Stephany de Camaret à 13 #
mort le 2       Jean Forentin Querisit de Quimper à 18 #


mort le 5       Clément Quevelec dudit Quimper à 15 livres

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Plan de l'article:

1) Lignée patrilinéaire de Clément

2) Le journal de bord

3) Le Minautaure

4) Vie sur un vaisseau de 74 canons

 

Pour en savoir plus sur ce blog, cliquer sur le lien ci-après: Liste des articles du blog Queffelec a-drak

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1) Lignée patrilinéaire de Clément:

Légende: ° = naissance, x = mariage, + = décès, # = date approximative

Clément Quevelec (° 11/3/1735 à Quimper Locmaria, célibataire, + 5/5/1758 dans l'Océan Atlantique sur le Minautaure au large de l'Afrique au sud des Canaries), fils de:

Clément Quevelec x Corentine TROMEUR (° 4/4/1693 à Quimper Locmaria, x 26/8/1726 à Quimper Locmaria, + 24/5/1768 à Quimper Locmaria) d'où 13 enfants, fils de :

Alain Le Quevelec x Marie PAUL (° 31/1/1667 à Penhars Creac'hcaradec, x 4/2/1692 à Quimper Locmaria lui de Pluguffan, + 25/4/1729 à Quimper Locmaria) d'où 7 enfants, fils de:

Hervé x Françoise PERENES (° # 1635 Penhars, x # 1664 à Penhars, + 4/4/1715 à Pluguffan K/guistin) d'où 12 enfants, fils de:

Hervé x Jeanne LE COZ (° # 1610 Penhars, x # 1630 à Penhars , + ?) d'où 6 enfants au moins, fils de:

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PICT8278

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2) Le journal de bord:

 

 Le 10 mars 1758, trois vaisseaux: "Le Minautaure", L'Illustre" et "L'Actif". placés sous le commandement de Monsieur Froger de l'Equille quittent la rade de Brest et mettent à la voile vers le sud-ouest. Alors qu'il est à 100 lieues au large d'Ouessant le chef d'escadre ouvre le pli contenant les instructions du Roi et apprend sa destination finale: les Indes Orientales.
     C'est le périple de cette flottille que Jacqueline ALARD et Jean Pierre RAMBAUD ont retrouvé aux Archives Nationales (cote: fonds "Marine" registre B/4/81 folio 274 à 382) et au Service Historique de la Marine.

     Le premier document est daté du 16 janvier 1758, les vaisseaux sont en préparation et les travaux n'avancent pas vite. En effet les effectifs sont des plus réduits: pour Le Minautaure seulement 100 à 120 hommes sur 335 travaillent régulièrement, pour L'lllustre, 40 à 50 hommes sur 200 et pour l'Actif, les chiffres sont équivalents.
     Le même jour Monsieur Froger de l'Eguille donne la liste des officiers qu'il souhaite à ses côtés sur Le Minautaure
     comme second: >La Garrigue, Capitaine de Vaisseau
     comme lieutenants: Le Chevalier de la Teillaye, Gandion, Saint-Léger, Neveu, Puinier, Kaas (Capitaine Lieutenant danois)
          si certains sont à remplacer: de Kelin, Damilly
     comme enseignes: de Kergus, Saint-Sauveur, Chapdelaine, La Merville, Laborie, Baudran, La Rigaudière

     Le journal de bord du Minautaure donne pour chaque jour la position du vaisseau. Ainsi est-il noté le 26 mars le passage au large de Ténérife chef lieu des îles Canaries.
     Chaque fin de mois est donné une situation des équipages et des observations sur la vie à bord. Pour mars il y a eu sur le Minautaure 48 malades et pour l'ensemble de la flottille: 176 malades et 14 morts. La maladie est décrite ainsi : "Gros rhume avec inflation à la poitrine puis fièvre ardente avec transport au cerveau et convulsion. Il y a beaucoup de vers dans cette maladie, plusieurs en ont vomi et rendu par les selles, d'autres en ont fait par les narines".
     Le 7 avril, les vaisseaux mouillent à Saint Yago (lles du Cap Vert) pour se ravitailler en eau et en vivres. Ils appareillent le 15 avril.
     Pour le mois d'avril le Minautaure déplore 229 malades et 20 morts, et l'ensemble de la flottille: 429 malades et 60 morts. Les symptômes de maladie sont les mêmes que pour mars et le scorbut fait son apparition.
     La situation devient inquiétante, le conseil réunit autour de Monsieur Froger de l'Eguille décide le 11 mai de se dérouter vers Rio de Janeiro pour ravitailler et soigner les malades. La flotte déplore alors 120 morts et a à ses bords 133 malades et 323 convalescents.

     Le Pain de Sucre qui domine la baie de Rio de Janeiro est aperçu le 26 mai et les navires se mettent au mouillage le 29 mai. Il y a eu alors à bord du Minautaure 55 morts et 140 malades et pour les 3 vaisseaux: 191 morts et 354 malades.
     Durant l'escale, le chirurgien du Minautaure cherche les causes de la maladie qui a entraîné une si forte mortalité.
     Extrait du rapport du chirurgien du Minautaure sur la maladie :
     "J'ai remarqué que les symptômes de la maladie ont été les mêmes pendant ce mois et que la maladie a fait plus de progrès par les grandes chaleurs. J'ai ouvert le cadavre de deux malades : le premier n'avait vécu que douze heures après l'attaque de la maladie. Je lui ai trouvé beaucoup d'adhérence de la dure mére aux pariétaux le long de la ligne sigitale. Le cerveau était si étroitement adhérent à la dure mère dans toute la partie moyenne et supérieure qu'il m'a fallu pour les séparer en venir à la dissection. J'ai trouvé aussi beaucoup de pus épanché sur toute la surface externe du cerveau sous la dure mère. Dans la poitrine, le poumon était dur, tuméfié avec très peu d'adhérence mais si gorgé qu'il ne pouvait plier sous le doigt. A quoi j'ai attribué la cause de mort ainsi que les grandes convulsions à l'adhérence du cerveau à la dure mère.
Le second que j'ai ouvert était le même, un peu moins d'adhérence que le premier ce qui lui a permis de vivre deux fois 24 heures.
La maladie a été la même dans les deux autres vaisseaux. J'ai observé sur le Minautaure que lorsque les grains ordinaires sous la ligne, nous obligeaient à fermer les sabords, il mourrait régulièrement plusieurs malades, ce qui prouve combien l'air de l'entrepont est pestilentiel par le défaut de circulation."

     L'escale de Rio va se prolonger jusqu'à la fin juillet. Le journal de bord décrit l'installation du campement, de l'hôpital, etc... Il donne également des renseignements sur la ville, la nourriture qu'on y trouve et aussi un curieux:

Journal de bord_ 1

 




Ces pièces sont très rares

c'est la monnaie la plus
ordinaire

Monnaie réelle


Espèces d'or

La double

la demie double

nommée en France
lisbonine ou lisbonnaise

Espèces d'argent

la pataque

la double pataque de l'écu de 6#  |
                    .valeur de l'écu de 6#  |
la demie pataque ..de l'écu de 6# |

 

Espèces de cuivre

le vingtain
le 1/2 vingtain
le 1/4 de vingtain

Monnoie fictive
ou de compte

la Cruzade
le teston ou 1/4 de crusade
le Rel 20e partie du vingtain

Réduction en
monnaie réelle
du pais


40 pataques

20 pataques






16 vingtains

32 vingtains

..8 vingtains
........................
40 vingtains

 

2 demi vingtains

 

20 v
. 5 v

Réduction en
monnaie de
compte du pais


128.000 Reis

....6.400 Reis






320 R

640 R

160 R
....................
800 R

 

20 R
10 R
..5 R

 

400R
100 R

Réduction en
argent de
France


(illisible)

(illisible)






2#...8s

4# 16 s

1# ..4s
....................
6#

 

.........3s
........ 1s ...6d
.................9d

 

3#
.............. 15d
.................1d 4/5


     Le Reï est la seule monnoie fictive dont on se sert pour les comptes: on calcule par mille reïs comme on calcule en francs par livres tournois Au lieu de dire au brésil 100 demi doubles, on dit 640.000 reïs
     On se sert de la cruzade pour exprimer une seule somme considérable: ainsi on dit au Brésil 500.000 cruzades comme on dirait en francs 500.000 écus.
     Dans le petit détail, on fait usage de la cruzade et du teston pour exprimer un certain nombre de reïs : un marchand demande de sa marchandise 1 cruzade au lieu de dire 20 vingtains ou 400 reïs et un autre demande un teston au lieu de dire 5 vingtains ou 100 reïs.
     Pour connaître exactement la perte qu'on fait à Rio Janeiro sur l'argent de France, il faut se régler sur la valeur qu'on donne en France à la lisbonine, monnaie qui règle au Brésil la valeur des espèces subalternes. Ainsi si la demie double ne vaut en France que 40#, il y a une perte de 20 pour cent sur notre argent.
     La perte est moindre sur les piastres gourdes: elles valent à Rio Janeiro 2 pataques 5 vingtains ou 740 reïs, c'est à dire 60 reïis ou 9d moins que l'écu de 6#.
     Il est à observer qu'on y estime beaucoup plus 8 écus de 6# que 2 louis d'où, attendu que l'or de cette monnaie est moins pur que celui du brésil et que c'est le contraire pour l'argent.
     Outre les espèces dont il est parlé, on en trouve qui sont pour les colonies d'autres de Lisbonne et d'autres étrangères: mais la monnaie courante et propre au brésil est celle portée dans le tarif.

 

Journal de bord_ 2

 

     Durant la relâche à Rio, le Minautaure a 7 morts et 97 malades et l'ensemble de la flottille: 23 morts et 168 malades.
     Le 27 juillet 1758 Le Minautaure, I'Illustre et l'Actif quittent l'amérique du sud et font route à l'est. Le 30 août ils passent en vue du Cap de Bonne Espérance et le 2 octobre la flottille mouille à Port Louis à l'IIe de France.
     Durant la traversée depuis Rio, la maladie qui avait décimé les équipages n'est pas réapparue et il n'y a eu à déplorer sur le Minautaure que 8 morts et 16 décés en tout.

 

Journal de bord_ 3

 

Suivent 3 listes:
Liste des officiers, mariniers, matelots, soldats et autres, morts à bord du d. Vau pendant les mois de mars, avril, may, juin et juillet 1758
Mars          Néant
Avril
mort le 1er du mois   François Adam de Dinan, matelot à 12#
mort le 7       Sébastien Fouquet de St Malo id à 18#
mort le 7       Jean Laurent id
mort le 8       Jean Michel de Brest domestique
mort le 9       François Menier de Nantes matot à 18 #
mort le 9       François Doucet dud id à 12 #
mort le 11      Servan Cheneau de St Malo mousse à 6 #
mort le 12      Vincent Perron de Brest coq
mort le 12      Yves Bourhia de Recouvrance Me Canier surnumre à 50 #
mort le 12      Jean Labé de St Malo matot à 13 #
mort le 13      Jean Rousseau de Nantes à 16 #
mort le 14      Mathieu Lehost de Quimper id
mort le 22      Jean Avril de Dinan à 13 #
mort le 22      Jacques Cheval de Recouvrce matotà 15 #
mort le 23      Jean Jacob de Lesneven domestique
mort le 24      René Dureux de Dinan matot à 12 #
mort le 25      Pierre Baffe de Granville aide Caner à 20 #
mort le 26      André Prunier du Poitou Boulanger à 16 #
mort le 28      Louis Brouard de Dinan matotà 18 #
mort le 29      Alexis Legrand de St Malo aide voilier à 20 #
                20 Morts
Mai
mort le 2       Maturin Danjou de Dinan matot à 14 #
mort le 2       André Stephany de Camaret à 13 #
mort le 2       Jean Forentin Querisit de Quimper à 18 #
mort le 5       Clément Quevelec dud. à 15 #
mort le 6       Jacques Le Laurier de Caen à 12 #
mort le 6       Jean Gerniout de Nantes id
mort le 6       Jean Jaque Dosseville de Quimper à 16 #
mort le 8       François Hinaud de St Malo Qer Me à 24 #
mort le 8       Joseph Cotillard de Pleurcuit matot à 12 #
mort le 9       Jean Lemasson de Dinan aide caner à 27 #
mort le 9       Francois Dagome de St Brieuc matot à 18 #
mort le 9       Noël Bourgé de St Malo à 13 #
mort le 10      Pierre Daviaux de Nantes à 12 #
mort le 12      François Pierre Rocher dit .Jolicoeur soldat de K
mort le 15      Tanguy Flot de Plourin matot à 12 #
mort le 18      Olivier d. Olivier soldat de Detry
mort le 20      Guillaume Colias d. Sans regret soldat de Garde
mort le 21      Pierre Quintel de Quimper matot à 17 #
mort le 23      Jean Bte Renaud d'Honfleur à 18 #
mort le 23      Jean Fosquer de Quimper à 16 #
mort le 23      Yves Leguiriec dud. à 12 #
mort le 24      Jean de la Salie de Boulogne à 18 #
mort ie 25      Etienne Moyon du Croisic id
mort ie 25      Yves Guyomar d. Dupré soldat de Kidec
mort le 26      Jean Queré de Morlaix matot à 13 #
mort le 27      René Sauzeau de Nantes à 18 #
mort le 28      Germain Bonami id
mort le 28      Pierre Bichou de Libourne à 16 #
                28 morts
Juin
mort le 7       Jean René Dubois de Dinan matot à 15#
mort le 8       Thomas Beauvais dit St Thomas soldat de Detry
mort le 11      Jean Réal de Marenne matd à 14#
mort le 14      Yves Maurice Lesac de Brest mousse trouvé sous voile
mort le 17      Francois Andouard de St Brieuc matd à 13 #
mort le 18      Pierre Duval d. Duval soldat de la Garde Payant
                6 morts

 

Juillet
mort le 10      Joseph Mahé de Quimper matelot à 18 #

Récapitulation
      6 officiers mariniers
     39 matelots
      6 soldats
      2 domestiques
      2 mousses
Total 55 morts

Je soussigné Ecrivain de la marine sur le Vau du Roy Le Minautaure certifie la liste ci dessus
à Rio JANEIRO le 27 juillet 1758
BARRY
Vu par nous Commissaire de la marine à la suite de l'escadre
COUVRY

 

Liste des gens de mer morts sur le Vau du Roy le Minautaure
commandé par M. Froger de l'Eguille chef d'escadre
pendant les mois d'août, 7re et 8bre 1758


mort à Rio Janeiro le ?? juillet 1758 omis sur la liste adressée à Mgr de cette colonie      Antoine Le Roux de St Brieuc matot à 18#
mort à la mer le 9 août 1758     Pierre Masco de Boulogne Aide caner à 26#
d° le 10 août      Guille Aurelon Kegoir de Quimper pilotin surnumre à 18#<
d° le 17 dud     Jaqs Le Maréchal de Granville matot à 15#
d° le 18 dud     Jean Deganne du Louroux matot à 22# embarqué à Rio Janeiro provenant du Vau de la compie Le Bourbon
tombé à la mer et noyé le 4 7bre      Jacques lebay de Dinan matot à 12#
mort le 18 7bre      Prigent Clément de Quimper matot à 12#
d° le 3 8bre     François Croq de Morlaix matot à 12#

Récapitulation
     Officier marinier        1
     Pilotin surnuméraire  1
     Matelots                  6
     Total                        8

 

Journal de bord_ 4

 

     25 juillet François Ravin de Paris apoticaire à 45 #
     15 dud. Louis Honoré Heimer de Brest pilotin surnumre à 18 #
     18 dud. François Bethel de St Malo matot ptin à 18 #
     20 dud. Georges Provost de Rennes id
     12 juin Pierre Jen Salmagne de Dinan matot à 17 #
     24 juillet Denis Charles Dumoncel de Paris mousse à 7 # 10

 

Journal de bord_ 5

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3) Le Minotaure, année de construction : 1757, vaisseau de 74 canons

Le Minautaure 1

Le Minautaure 2

 

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4) Vie sur un vaisseau de 74 canons:

Le vaisseau de 74 canons est généralement considéré comme le compromis le plus performant des vaisseaux militaires de l'époque de la marine à voile eu égard à sa maniabilité, sa puissance de feu, ses performances maritimes et militaires globales d'une part, et d'autre part son coût et sa rapidité de fabrication, son équipage presque moitié moindre que les grands trois-ponts. Épine dorsale des flottes européennes, le « 74 », comme on le surnomme, fut au centre de toutes les batailles d'envergure de la seconde moitié du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle. C'est aussi l'un des premiers navires à être construit en série de manière standardisée. Le « 74 » est un vaisseau de troisième rang portant deux ponts d'artillerie.

Maquette d'un navire de 74 canons de troisième rang de 1760 ; soit le HMS Hercules de 1759, soit le HMS Thunderer de 1760. Musée national de la Marine (Londres):

La vie sur un vaisseau de 74 canons_1

Vaisseau de 74 canons vers 1760. Texte et dessin de Nicolas Ozanne:

La vie sur un vaisseau de 74 canons_2

 

La vie à bord d'un « 74 » à la fin du XVIIIe siècle

Près de 750 hommes sur environ 57 mètres de long, une multitude de métier, une hygiène et une alimentation rudimentaires, une discipline de fer rythmée par 5 Quarts où les périodes de travail et de repos priment sur les loisirs, voilà qui résume la dure réalité des marins à bord de la marine à voile de cette époque. Nombreux sont ceux qui ne revoient jamais le pays en s'embarquant à bord ; entre les maladies, les combats, les accidents de manœuvre et les naufrages, les probabilités de survie étaient somme toute assez minces. Cela dépendait aussi beaucoup du commandant du navire : un bon capitaine a le souci du fonctionnement de son vaisseau afin que la machine de guerre soit toujours en état de marche, et il est évident que cette machine ne s'en portera que mieux si son équipage est au complet, bien formé, en bonne santé et avec un solide moral !

NB : ceci est valable pour n'importe quel type de navire…

L'équipage

Les « 74 », pièces maîtresses sur l'échiquier de la marine militaire de l'époque, obéissent à une organisation très rigoureuse ainsi qu'à une hiérarchie bien établie. De nombreux métiers cohabitent afin de maintenir le navire en bon état de combattre et de naviguer. On distingue cinq catégories de personnel distinctes servant à bord (valable aussi sur les autres navires de l'époque dans des proportions plus ou moins importantes selon la taille du bâtiment)

L'état-major

La vie sur un vaisseau de 74 canons_3

 

Un officier de marine en grand uniforme sous Louis XV.

Il s'agit pour la grande majorité d'officiers. Ils sont au nombre de 17 et répartis de la façon suivante :

  • Le commandant :

Seul maître à bord après Dieu, il a la responsabilité du vaisseau et de sa conduite et sert en tant que capitaine de vaisseau. Il supervise l'ensemble des activités du navire en temps normal et pendant la bataille avec l'aide de ses subalternes. Il reçoit ses directives de sa hiérarchie (roi, ministre de la marine, amiraux) mais est le seul à décider de la marche à suivre à bord. C'est aussi le seul (avec le second) à bénéficier d'une chambre et d'un bureau, au niveau du gaillard d'arrière).

  • Le commandant en second :

Il est l'adjoint du commandant sur l'ensemble des tâches du navire. Il est chargé de prendre le commandement du vaisseau en cas de décès du commandant

  • Les lieutenants de vaisseau :

Officiers confirmés au nombre de 5, ils ont déjà servi au moins deux ans comme enseigne. Ils ont en charge la transmission des ordres du commandant et du second et assurent les quarts à tour de rôle. Ils ont chacun un domaine de compétence particulier, comme la coque, le gréement ou les vivres. L'un d'eux sert comme officier de détail, charge particulière car il doit être les yeux et les oreilles du commandant en ayant connaissance de tout ce qui se passe à bord du vaisseau. Ils partagent des cabines isolées à l'arrière du navire.

  • Les enseignes de vaisseau :

Également au nombre de 5, ils sont chargés de seconder les lieutenants de vaisseaux dans leurs travaux. Membres du corps des officiers, ils complètent leur formation avant de pouvoir prétendre monter en grade. Ils ont déjà navigué au moins deux ans et demi.

  • Le capitaine corps royal infanterie :

Il est chargé du commandement de la garnison embarquée (130 hommes) et est secondé par deux lieutenants du corps royal.

  • L'aumônier :

Il a la charge des âmes de tout le personnel embarqué. Son rôle et de maintenir la pratique religieuse et la foi à bord à une époque où la religion est omniprésente dans la vie quotidienne et rythme la vie à bord. Il assure les messes tous les dimanches et jours de fêtes ainsi que les prières quotidiennes, il administre les saints sacrements aux mourants et participe aux funérailles. Il est aussi à l'écoute des marins et peut servir de confident.

  • Le chirurgien major :

Chargé de la santé de l'équipage, c'est un personnage clef à bord car il peut faire des miracles là où la religion s'arrête. Il soigne les malades, les blessures accidentelles, les blessés au combat (parfois en amputant afin d'éviter que le membre ne se gangrène) et veille à la prévention ou à la non-prolifération des épidémies parmi l'équipage.

La Maistrance

Véritable intermédiaire entre l'état-major et les matelots, la maistrance est composée de marins expérimentés qui ont en charge l'encadrement et la formation des hommes du bord. Ils transmettent et font appliquer les ordres reçus de l'état-major. La maistrance existe toujours aujourd'hui et assure des missions assez équivalentes. Au nombre de 93 ils sont répartis en 6 principaux domaines de compétences.

Maître d'équipage

Appelé aussi premier maître, il s'occupe de tout ce qui est nécessaire à la bonne marche du navire, il visite le vaisseau avec le capitaine et inspecte aussi bien le matériel que le travail des mousses et matelots. Meneur d'hommes, il s'implique auprès de l'équipage en expliquant tel ou tel travail mais aussi en punissant ceux qui ne font pas les tâches demandées. Il est assisté dans ses tâches par :

  • 2 seconds maîtres ;
  • 2 contre-maîtres ;
  • 2 bossemen (surtout responsables des ancres et des câbles) ;
  • 15 quartiers-maîtres.

Les quartiers-maîtres sont des marins d'expérience (sorte de sergents modernes) qui guident et assistent les matelots dans leurs travaux. Ils sont particulièrement chargés de la propreté du navire.

La maistrance compte aussi trois patrons de chaloupe et canots qui sont chargés des manœuvres et de l'équipage (provisoire) de ces embarcations, lors d'un transbordement d'officier, de passager ou d'une mission particulière par exemple.

Maître pilote

Expert de navigation, il est l'équivalent actuel du navigateur. Le maître pilote travaille aux côtés du capitaine (ou de l'officier de quart) en lui communiquant de façon régulière la position du vaisseau et les dangers éventuels de navigation (courants, récif, haut-fond). Pour ce faire il dispose d'instruments de navigation tels que la boussole, le compas ou encore le sextant. Il vérifie ses instruments de façon quotidienne et note toute observation d'importance. Il est assisté dans ses tâches par :

  • 2 seconds pilotes ;
  • 2 aides pilotes.

Maître canonnier

 

La vie sur un vaisseau de 74 canons_4

 

La muraille et la batterie d'un vaisseau de 74 canons. (Musée de la marine).

Au nombre de 2, les maîtres canonniers ont la charge de toute l'artillerie du bâtiment. Ils commandent aux canonniers lors des combats et supervisent le matériel lié aux armes lourdes. L'ensemble des 74 canons doivent être en permanence en état de fonctionner. Ils sont assistés par :

  • 2 seconds canonniers ;
  • 37 chefs de pièces (qui ont chacun la responsabilité d'un canon).

Maître calfat

Le calfat est responsable de l'étanchéité du bâtiment par temps de guerre comme par temps de paix. Il supervise les opérations de calfatage de la coque en réparant les éventuelles voies d'eau avec du goudron et de l'étoupe. C'est aussi lui qui gère les pompes. Il est assisté par :

  • 1 second calfat ;
  • 3 aides calfats.

Maître charpentier

Le charpentier du bord, tout comme le calfat, est en alerte permanente pour vérifier le bon état du navire. Le bois composant l'essentiel du vaisseau, il vérifie quotidiennement la coque et les mâts en faisant des rondes. Il peut aussi intervenir lors de voies d'eau. Il est assisté par :

  • 2 seconds charpentiers ;
  • 3 aides charpentiers.

Maître voilier

Le maître voilier est chargé de l'entretien et de la réparation de toute la voilure du vaisseau. Cette dernière atteint 2 500 m2 sur un 74, c'est dire l'importance du travail d'inspection, de réparation et de conservation qu'il effectue. Il est assisté par :

  • 1 second ;
  • 2 aides voiliers.

Les hommes du bord: Composant l'essentiel de l'équipage, les hommes du bord (ou gens de la mer) sont chargés d'exécuter les ordres reçus des maistranciers sur l'ensemble du navire. Ils sont répartis en 4 catégories.

  • Les gabiers

Au nombre de 13, ce sont des matelots expérimentés et spécialisés dans le maniement des voiles. Ils ont la charge des manœuvres sur le gréement et les haubans. De son poste le gabier est responsable de son mât et commande aux matelots qui l'assistent dans son travail. Il effectue une inspection quotidienne du matériel qui lui est confié et rend compte de l'état de la voilure et des cordages. Leur travail s'effectue en collaboration avec les voiliers.

  • Les timoniers

Au nombre de 10, les timoniers ont la charge de la barre du navire et se relaient à cette dernière pour assurer une permanence. Ils travaillent sous les ordres du maître pilote.

  • Les matelots

497 matelots composent l'équipage d'un 74, ils forment donc 2/3 de l'effectif global et sont répartis en 3 catégories distinctes (en fonction de leur solde). Leurs tâches sont multiples, ils peuvent aussi bien être affectés aux manœuvres de navigation (travail en hauteur, cordage) qu'à l'entretien du vaisseau et de ses équipements (cordage, pont, etc.) ou encore au combat naval (maniement de l'artillerie, défense, abordage). Le matelot, marin polyvalent, doit être âgé de 18 ans et avoir servi au moins 6 mois en mer.

  • Les mousses et novices

Situés tout en bas de l'échelle hiérarchique, 65 mousses et novices complètent l'équipage des hommes du bord. Les mousses sont des enfants qui peuvent être embarqués dès l'âge de 8 ans, ils sont sous les ordres des maistranciers qui les affectent à des tâches peu reluisantes. Les novices quant à eux font leur apprentissage en vue de devenir matelot (au bout de 6 mois minimum).

La garnison

Composée d'environ 130 hommes, soldats et policiers du bord, la garnison remplit plusieurs rôles sur un vaisseau. Elle maintient l'ordre à bord en dissuadant (ou en réprimant) les mutineries ou les mouvements contestataires mais aide aussi à compléter l'équipage lorsque celui-ci en a besoin : lors de tempêtes, lors des batailles (artillerie), ou pour combler des pertes dues au combat ou à la maladie. La garnison est reconnue en tant qu'unité d'infanterie, et en ce sens elle participe aux débarquements, aux combats à terre (bataille rangée, assaut de fortifications, etc.) et bien entendu aux batailles navales (canonnade, abordage).

Outre le capitaine corps royal d'infanterie et ses deux lieutenants (voir L'état major), la garnison est composée des éléments suivants:

  • Le capitaine d'armes

Sous-officier du corps royal d'infanterie, le capitaine d'armes s'occupe de toutes les armes légères du navire et aussi de la sécurité du vaisseau en effectuant des rondes régulières.

  • L'armurier

Subalterne du capitaine d'armes, il est chargé de l'armement portatif et de son entretien. Il a aussi un rôle de serrurier à bord.

  • Les gardes de la marine

Au nombre de 12 les gardes de la marine sont destinés à la carrière d'officier. Après une formation à terre dans une école militaire au port, les gardes embarquent à bord pour compléter leur formation « sur le terrain ».

  • Les fusiliers

96 fusiliers composent la garnison. Leur rôle est celui décrit ci-dessus (maintien de l'ordre, combat à terre et combat naval).

Les surnuméraires

Le terme désigne ceux qui ne sont pas comptabilisés dans l'effectif marin du vaisseau. Sur un 74 canons on compte environ 33 hommes appartenant à cette catégorie qui se répartit de la façon suivante :

  • 2 seconds chirurgiens (ils aident le chirurgien major) ;
  • 2 aides chirurgiens ;
  • 1 apothicaire ;
  • 1 secrétaire ;
  • 1 maître armurier ;
  • 1 aide armurier ;
  • 2 commis du munitionnaire ;
  • 1 tonnelier (il entretient, répare ou refait la grande quantité de tonneaux présents à bord) ;
  • 1 coq (souvent ancien marin handicapé d'une jambe, on le surnomme « coq » car il se tient sur une seule patte comme un coq) ;
  • 1 boucher ;
  • 1 boulanger ;
  • 2 maîtres valets (ils encadrent les valets et œuvrent comme maitre d'hôtel pour l'état-major) ;
  • 17 valets (entretenus par le capitaine, ils s'occupent de la préparation des repas de l'état-major et du commandant ainsi que du service).

Le matériel embarqué

Véritable village flottant, le « 74 » doit pouvoir être autonome pendant plusieurs mois, aussi bien en vivres qu'en matériel, et pouvoir effectuer des réparations en mer à la suite de dégâts reçus au combat ou lors de tempêtes. Pour cela il embarque de grandes quantités de vivres et d'équipement soigneusement établis et référencés. Le chargement de tout le matériel suit une règle bien précise. Le rangement des vivres et équipement se fait de façon à ce que la stabilité du vaisseau soit préservée. Ce qui est lourd est positionné au centre du navire et au fond, puis vient ensuite ce qui est plus léger qui sera rangé sur les côtés et plus en hauteur. L'artillerie suit le même principe, les canons de gros calibre sont situés dans la batterie basse et plus on s'élève dans les œuvres mortes plus le calibre se réduit.

Les vivres 

On trouve à bord tout ce qu'il faut pour permettre à l'équipage d'être autonome pendant trois à six mois, aussi bien en liquide qu'en solide ou en « vivant ». Pour cela on privilégie des aliments ayant une bonne durée de conservation, vient ensuite l'apport calorique et enfin le goût et diversité. Exception faite de l'état-major qui bénéficie de produits frais (comme les animaux, le lait, les œufs), la grande majorité de l'équipage doit se contenter de produits qui se détériorent dans le temps (ex : l'eau).

La décomposition des vivres liquides est la suivante :

  • 210 000 litres d'eau (environ 3 L par jour et par homme) ;
  • 101 000 litres de vin rouge (environ 1 L par jour et par homme) ;
  • 1 450 litres d'eau de vie ;
  • 1 440 litres de vinaigre (il sert parfois à couper l'eau lorsque celle-ci est croupie).

Les vivres solides sont constituées de :

  • 52 tonnes de biscuits de mer (la base de l'alimentation du marin car il peut se conserver longtemps) ;
  • 25,92 tonnes de farine (destinée à la fabrication du pain) ;
  • 15 tonnes de salaisons (viande et lard qui constituent un apport de protéine) ;
  • 14,3 tonnes de fèves et fayots (haricot sec) (bonne conservation) ;
  • 2,88 tonnes de sel (seul moyen de conservation connu avant l'apparition des boites en fer blanc du même nom) ;
  • 2 tonnes de riz ;
  • 1,1 tonne de fromage (fromage de gruyère et de Hollande, il constitue un substitut à la viande et au poisson) ;
  • 1,05 tonne de poisson salé (assez peu apprécié) ;
  • 350 kg de sucre.

Les produits frais et les animaux/volailles sont réservés à l'état-major et aux malades/blessés ; on trouve ainsi à bord :

  • 500 poules ;
  • 48 canards ;
  • 36 pigeons ;
  • 24 dindes ;
  • 24 moutons ;
  • 12 oies ;
  • 12 cochons ;
  • 8 bœufs ;
  • 6 veaux ;
  • 4 truies ;
  • 2 vaches à lait ;
  • 1 verrat (porc) ;

L'équipement

Tout comme les vivres, le navire doit être autonome en matériel pour faire face aux nombreuses exigences qu'imposent plusieurs mois en mer. Qu'il s'agisse d'armes, de munitions, de voiles, pièces de gréement, de bois de rechange ou de cordage, le vaisseau doit pouvoir réparer les dégâts dus aux tempêtes et aux combats, où encore remplacer des pièces défectueuses sans que cela n'entache sa mission.

Pour cela un 74 canons embarque le matériel suivant :

En armement :

  • 22 tonnes de poudre réparties dans des barils de 100 ; 50 et 25 livres
  • barils porte-mèche (destinés comme le nom l'indique, à conserver les mèches allumées)
  • gargousses de poudre pour les canons
  • 50 tonnes de boulets de canons de tous calibres, soit 4 440 pièces (60 boulets par canon)
  • mitraille (ou grappe de raisin)
  • pierriers avec leur support (chandelier) et leurs charges
  • 340 mousquetons, fusils et pistolets
  • barils de cartouche
  • refouloirs et écouvillons (instrument d'artillerie)
  • anspects et pinces destinés à lever les canons
  • 70 sabres et coutelas
  • banc d'armurier et coffres

En matériel non-militaire :

  • mâts de hune de rechange
  • cordage et filins
  • bouées
  • lanternes et fanaux
  • 1 grande ancre
  • 1 ancre à jet

Bien entendu cette liste est non exhaustive et reflète ce que devait embarquer dans l'idéal un 74 canons au moment de son départ en mission ; selon l'époque et l'endroit où se trouvait le navire le chargement pouvait différer, tant en hommes qu'en matériel pour des raisons d'approvisionnement ou de finance.

 

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