D'ar Sadorn ugent a viz Kerzu, demat d'an holl,

Ce complément, pour rajouter quelques pages des dossiers archivés à Aix en Provence aux Archives nationales d'Outre-Mer ou ANOM. L'instrument de recherche en ligne se dénomme "IREL".

Les deux dossiers relatifs à Jacques Queffelec condamné en 1887 au bagne en Guyane ont pour côte:

FRANOM COLH 3565a

FRANOM COLH 1154/queffelecj

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D'ar Yaou triwec'h a viz Kerzu, demat d'an holl,

Cet article pour présenter un deuxième bagnard Jacques Queffelec.

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Photo, relégation de récidivistes en 1885 à Saint Jean du Maroni:

 

Relégation de récidivistes en 1885

Photo, carte pour localiser St Jean du Maroni, écart de la commune de St Laurent du Maroni:

Carte Guyane

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Jacques Queffelec n'est pas un paysan enraciné dans une ferme, il est dit cultivateur mais de façon "peu suivie".

C'est une force de la nature, il est d'excellente constitution, musculeux, vigoureux.

Taille haute, 1m78cm, un colosse pour l'époque.

Issu d'une famille très pauvre, il a perdu son père à l'age de 10 ans, sa mère est mendiante.

Il ne sait ni lire ni écrire, ne fonde pas de famille.

Il a donc été élevé en marge de la société, nourri, logé selon les humeurs de la parentèle et/ou du voisinage.

Lors de ses diverses incarcérations pour vols, il se montrera pourtant docile, soumis à ses geoliers, respectueux de la discipline, besogneux, travailleur.

Et pourtant rien n'y fait, il récidive. Il perdra ainsi la confiance de sa famille, de ses voisins.

Sans soutien affectif, sans revenus fixes, il sera envoyé en relégation en Guyane comme "récidiviste",  malgré tout l'effroi qu'il exprime aux juges.

Force de la nature, la relégation mais aussi, certainement son métier de terrassier, et je pense par dessus tout sans repère culturel (langue, famille, village), il lache prise.

Deux années de relégation ont suffi pour le tuer.

Notes:

Voir dans l'article "morts sous les drapeaux", le soldat Louis Queffelec mort à Colmar le 24 octobre 1829, de pneumonie, de pleurs et de nostalgie.

Cette vie de vagabondage pour les marginaux est bien décrite in "Mémoires d'un paysan bas-breton" de Deguignet.

La société bretonne accepte et même respecte la mendicité mais répugne au vagabondage. Voir autre article sur Joseph Le Queffelec "chanteur ambulant" [Famille Pleyben K/gogan], qui sera de multiples fois emprisonné pour vagabondage.

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Plan de l'article:

1) Rappel du cas de Jean Queffelec, bagnard à Marseille en 1730

2) Lignée patri-linéaire de Jacques Queffelec

3) Dossier du bagne

4) Acte de décès de Jacques Queffelec à Saint Jean du Maroni le 30/6/1889

5) Histoire du bagne, quelques éléments

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1) Un précédent article présentait le cas de Jean Queffelec condamné en 1730 [Famille Lanvern] :

Jean est décédé au bagne de Marseille le17 juin 1733 agé de 27 ans soit environ deux ans, lui aussi, après son internement.

 

Archives départementales de Brest, série B, tome I antérieur à 1790, article B846: Procès instruit contre Jean Queffelec, journalier, natif de la paroisse de lababan, demeurant au bourg de Pouldreuzic, accusé de vols de vaches, la nuit et avec effraction, au préjudice du recteur de Meillars et de Richard Christien, de la paroisse de Pluguffan. Condamné à quarante ans de galères.

 

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2) Lignée patri-linéaire:

Jacques (° 25/3/1842 à Brasparts, x sans objet car célibataire, + 30/6/1889 à Saint Jean du Maroni en Guyane Française, cultivateur, terrassier), fils de:

Noël Queffelec x Marie Anne MAZE (° 2 Thermidor an II à Saint Segal balannec, x  29/7/1828 à Brasparts, + 23/7/1852 à Brasparts Stervinou) d'où 7 enfants, fils de:

Pierre François Queffelec x Jeanne MANAC'H (° 7/4/1764 à Saint Segal Balannec, x 21/5/1792 à Saint Segal, + 22 Ventose an IX à Brasparts) d'où 6 enfants, fils de:

Jean Marie Queffelec x Marguerite DERRIEN (° 16/3/1740 à Saint Segal, x 3/2/1761 à Pleyben, + avant 1814) d'où 7 enfants, fils de:

Pierre Queffelec x Marie Anne PIRIOU (° ? à Pleyben, x 23/1/1733 à Pleyben, + 15/4/1787 à Pleyben bourg) d'où 14 enfants, fils de:

Pezron Queffelec x Louise KERRIEN (° ? Pleyben, x 15/6/1701 à Pleyben, + 20/10/1742 à Pleyben bourg) d'où 16 enfants, fils de:

Yves Queffelec x Jeanne LE GOFF ( # 1650 à Pleyben, x 11/6/1676 à Pleyben, 20/1/1707 à Pleyben K/gogan) d'où  2 enfants au moins, fils de:

? x ?

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3) Dossier du bagne:

 

actes queffelec jacques 001

 

actes queffelec jacques 002

 

actes queffelec jacques 003

 

actes queffelec jacques 004

 

actes queffelec jacques 005

 

actes queffelec jacques 006

 

actes queffelec jacques 008

 

 

actes queffelec jacques 009

 

actes queffelec jacques 010

actes queffelec jacques 011

 

actes queffelec jacques 012

 

actes queffelec jacques 013

 

actes queffelec jacques 014

 

actes queffelec 021

 

actes queffelec jacques 016

 

actes queffelec jacques 017

 

actes queffelec jacques 018

 

actes queffelec jacques 019

 

actes queffelec jacques 020

 

actes queffelec 002

 

actes queffelec jacques 022

actes queffelec 024

 

actes queffelec 025

 

actes queffelec 026

actes queffelec jacques 023

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4) Acte de décès de Jacques Queffelec à Saint Jean du Maroni le 30/6/1889:

 

Décès Jacques Queffelec_1

Décès Jacques Queffelec_2

 

Décès Jacques Queffelec_3

 

Décès Jacques Queffelec_4

 

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5) Histoire du bagne, quelques éléments:

Le bagne de Saint-Laurent-du-Maroni était un établissement pénitentiaire en Guyane française, qui n'existe plus aujourd'hui. Ce bagne était la centrale du bagne de la Guyane française. Une partie du site est aujourd'hui restaurée.

Saint-Jean-du-Maroni est un lieu-dit de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, en Guyane, sur le fleuve Maroni, à 17 km au sud du centre de la sous-préfecture.

C'était un des sièges du bagne de la Guyane française sous forme d'un camp militaire de 16 cases (en briques de l'Administration pénitentiaire). Il abritait le camp de la Relégation et ses fameux « pieds-de-biche ». Ceux-ci étaient soumis à un régime particulier qui les autorisait à effectuer toutes sortes d'activités pour eux-mêmes, une fois leur tâche quotidienne effectuée. Il eut même son propre théâtre.

Les relégués étaient sous le coup de la loi de 1885 des multi-récidivistes, divisés en deux catégories:

  • les relégués collectifs, vivant au camp, ils fournissaient un travail à l'AP et devaient répondre à deux appels par jour;
  • les relégués individuels, ne faisant plus partie de la première catégorie, ils étaient en semi-liberté et pouvaient être à leur propre compte.
Portrait de Gardebois, relégué au service du directeur du bagne lors de la visite d'Albert Londres

Albert Londres a tracé le portrait de ces hommes lors de sa visite aux bagnes de la Guyane, en 1923 : « Les pieds de biche ? Ce sont des voleurs. Ils ont leur ville : Saint-Jean. On les appelle aussi les pilons. Et Saint-Jean se prononce Saint-Flour. Officiellement ils ont pour nom : les relégués. Ils sont au nombre de huit mille cent soixante-sept. C’est le plus sale gibier de Guyane. Quand vous recommandez un homme pour une situation d'assigné : « Qu'est-ce que c’est ? vous demande-t-on. - Un assassin. - Très bien, nous le caserons. » Si vous dites : « C’est un Saint-Jean. - Jamais ! » Chez Garnier, à Cayenne, chez Pomme-à-Pain, à Saint-Laurent, on se vante – ces gargotes se respectent – de ne pas recevoir de pieds-de-biche. Ce sont les honteux du bagne. L’auréole de la guillotine n’a pas brillé au-dessus de leur tête. Qu'est-ce c’est que ce tas de pouilleux volant trois poules par ici, cent francs dans ce tiroir, un tableau chez le marchand ? On ne peut pas fréquenter de « miteux » de cet acabit. La considération, ici, ne commence qu'au vol qualifié »

Il conclut en expliquant à ses lecteurs ce qu'est la relégation : « La relégation ! Je ne m'imaginais pas que c'était ainsi. Quand on lit « condamné à tant et à dix ans d’interdiction de séjour », on croit aisément qu'une fois sa peine achevée, l'homme n'a qu'à courir le monde pourvu qu'il ne rentre pas en France. Ce n’est pas cela. Il va à Saint-Jean, dit Saint-Flour. Aucun de ces grands enfants qui n'ait sur la conscience moins de six vols reconnus. Beaucoup en sont à vingt, trente, plusieurs à quatre-vingts, cent. C'est la crème la plus épaisse des fripouillards de France» (Au bagne (1923))

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