D'ar Sul nav a viz Ebrel 2017,

demat d'an holl.

 

Mise à jour du 29 mai 2017: ajout du §4

 

Cet article pour présenter Marie-Renée Le Quevellec née à Quimper en 1815, résident à Nantes en 1850 puis à Chantenay en 1854.

Marie-Renée est née à Quimper, elle est issue d'une fratrie de 10 enfants dont 7 décédés en bas age.

Les 3 enfants survivants n'ont pas laissé de trace sur le Finistère.

Sa mère décède jeune, son père se remarie rapidement.

Il est jardinier puis bûcheron mais décède en 1841 laissant sa famille sans revenu.

 

Marie-Renée Le Quevellec, orpheline de mère puis de père, décide alors le tout pour le tout et émigre à Nantes.

Elle n'arrive malheureusement pas à se fixer ni à fonder une famille.

Comme nous avons pu le voir à plusieurs reprises dans ce blog, les personnes ne pouvant pas (ou ne voulant plus) se fixer devenaient mendiants, vagabonds, chanteurs ambulants, etc....

5% des Bretonnes vagabondes ou mendiantes basculent dans la prostitution (voir ci-dessous ouvrage et tableau au paragraphe §4).

Pour eux tous, les condamnations et les séjours en prison s'égrènent tout au long de leur vie.

Marie-Renée Le Quevellec est dite "femme publique" lors d'une altercation qui eut lieu à Nantes en 1850.

 

Lors d'un jugement en juin 1854 elle est dénommée "Reine Kevelec" ou "Reine Kevenec", elle est domiciliée à la Ville au Bois en Chantenay. 

Elle y est dite "ex fille soumise" devenue couturière.

 

Scène de racolage à Recouvrance

 

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Plan de l'article:

1) Lignée patri-linéaire

2) Articles de presse

3) Acte d'état-civil

4) Ecrou et jugement de juillet 1850

5) Ecrous et jugement de juin 1854

6) Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXème siècle

 

Pour en savoir plus sur ce blog, cliquer sur le lien ci-après: Liste des articles du blog Queffelec a-drak

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1) Lignée patri-linéaire

 

Légende: ° = naissance, x = mariage, + = décès, # = date approximative

 

Marie-Renée Le Quevellec (° 23/8/1815 à Quimper, x ? , + ?) fille de:

Guillaume Le Quevellec x Marie Claude JAFFRE xx Claude Laurence LAPORTE (° 10/9/1785 à K/vitrou en Pluguffan, x 24/1/1810 à Ergue-Armel, xx 9/6/1831 à Quimper, + Guillaume 3/2/1841 à Quimper, jardinier puis bûcheron) d'où 10 enfants, fils de:

François Quevelec x Marie L'HARIDON (° 4/1/1739 à K/gustin en Pluguffan, x 22/7/1765 à Ergué-Armel, + François 25/6/1789 à Pluguffan, journalier) d'où 6 enfants, fils de:

Maurice Jean Le Queffelec x Jeanne LE QUEINNEC (° 11/4/1713 à Pluguffan, x 20/10/1738 à Pluguffan, + Jeanne 23/4/1770 à K/goat en Pluguffan, + Maurice 12/11/1784 à K/noter huelaf en Ergué-Armel) d'où  11 enfants, fils de:

René Le Queffelec x Marie KERNILIS xx Catherine GLEZEN (° # 1670 à Penhars, x 15/2/1694 à Penhars, xx 9/7/1708 à Penhars, + Catherine 17/7/1741 au bourg de Penhars, + René 26/1/1725 au Manoir de Prat an Roux en Penhars) d'où 6 enfants, fils de:

Hervé Le Queffelec x Françoise PERENES (° # 1635 Pluguffan, x # 1664 à Pluguffan, + 4/4/1715 à Pluguffan K/guistin) d'où 12 enfants, fils de:

Hervé Le Queffelec x Jeanne LE COZ (° # 1610, x # 1630, + ?) d'où 6 enfants au moins, fils de:

? x ?

 

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2) Articles de presse

 

1850 le 6 juillet Le Breton_1

1850 le 6 juillet Le Breton_2

 

1850 le 8 juillet Courrier de Nantes_1

1850 le 8 juillet Courrier de Nantes_2

 

1850 le 8 juillet L'Alliance_1

1850 le 8 juillet L'Alliance_2

 

 

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3) Acte d'état-civil:

 

1841 le 3 février, décès de Guillaume QUEVELLEC à Quimper:

1841 décès Guillaume Quevellec

 

 

 

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4) Ecrou et jugement de juillet 1850

Documents convernant la condamnation de Reine Marie LEQUEVELLEC en 1850 à Nantes:

- Arrêt de la cour d'assises de Loire-Inférieure en 1850 à Nantes (cote 5 U 248)

- Extrait du registre d'écrou de la maison d'arrêt de Nantes 1850 (cote 2 Y 53)

 

Arrêt cote 5U248_1

Arrêt cote 5U248_2

Arrêt cote 5U248_3

 

 

 

Ecrou cote 2Y53_1

Ecrou cote 2Y53_2

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5) Ecrous et jugement de juin 1854:

 

Extraits du dossier de procédure produit par le Tribunal correctionnel de Nantes, compte-rendu d'arrestation et d'interrogatoire (côte provisoire Nantes82)

Extrait du registre d'écrou de la maison d'arrêt de Nantes 1853-1854 (côte 2Y53)

Extrait du registre d'écrou de la maison de correction de Nantes 1854 (côte 2Y92)

Le jugement n'a pas été retrouvé, 1854 est une année lacunaire.

 

Dans le compte-rendu de son arrestation, il est précisé que Marie-Renée a déjà été condamnée pour rebellion.

Marie-Renée est dite "ex fille soumise", actuellement couturière.

Lors de l'interrogatoire du 26 juin 1854 Ici elle exprime son désaccord sur les motifs de son arrestation.

 

Elle fut cependant condamnée et incarcérée à Nantes du 5 juillet au 5 septembre 1854.

Au motif d'injures publiques envers des agents de la force publique dans l'exercice de leur fonction.

 

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6) Mendiants et vagabonds en Bretagne au XIXème siècle

 

Mendiants et vagabonds en Bretagne Page de Garde

 

 

Répartition (en %) des métiers des femmes arrêtées pour vagabondage:

Répartion en % des métiers

 

Une étude d’histoire sociale sur une catégorie souvent ignorée et en tout cas considérée comme marginale devrait suffire à retenir l’attention, mais cette attention serait sans doute défaillante par ignorance : le champ géographique - la Bretagne - et la période — le xixe siècle - donnent à ce livre, fruit d’une thèse préparée sous la direction du professeur Claude Geslin, une importance toute particulière.

2En Bretagne en effet, le mendiant joue un rôle social et culturel réellement essentiel. La catégorie sociale est abondante : jusqu’à 9 % de la population, sans doute, au xviiie siècle, encore plus de 6 % parfois en Basse- Bretagne au xixe siècle. Elle est, surtout, bien enracinée : c’est dès le xviie siècle qu’on peut reconstituer les circuits des mendiants qui ont leurs familles parfois et en tout cas leurs lieux habitués, dès le xvie siècle qu’on garde trace de surnoms qui indiquent une certaine familiarité, dès le xve que les rôles des fouages ducaux font apparaître, au lieu et place de l’indication professionnelle, celle de « mendiant ». Une telle reconnaissance sociale — qui n’a probablement rien d’original — implique une fonction sociale et culturelle reconnue : le mendiant est l’intercesseur privilégié vers Dieu, et à ce titre accueilli dans les noces, invité aux funérailles voire, en un geste de charité ostentatoire, choisi comme parrain par d’illustres familles au beau temps de la Réforme catholique ; il rend, aussi, des services bien spécifiques, pèlerinant par procuration, proposant contes, chansons et informations, en échange de la nourriture, de l’abri, de menus dons, et de la considération. Simplement convient-il de nuancer ce tableau quelque peu idyllique en soulignant qu’il ne concerne que les mendiants indigènes : en Bretagne comme ailleurs, le malheur et l’ostracisme accompagnent le plus souvent le mendiant « étranger », celui du pays d’à côté, le rural à la ville, et pire encore l’étranger à la province.

3L’originalité bretonne tient sans cloute dans la survie de cette société tout au long du xixe siècle, au moins dans les campagnes de Basse-Bretagne. Guy Haudebourg peut décrire les réalités directement venues des Temps modernes, et évoquer par exemple ces chanteurs devenus célèbres par le relais des folkloristes du xixe siècle : que serait le trésor de la littérature orale sans Guillaume Garandel (Compagnon Dall), sans Marguerite Philippe et Barbe Tassel ? Comment ignorer la notoriété de musiciens aveugles comme Matilin an Dalln à Quimperlé et Pierre an Dall à Corlay, dont la bombarde et la clarinette sonnent parfois très loin de leur domicile ? G. Haudebourg livre également des concepts directement venus de la Réforme catholique : on distingue encore les bons pauvres honteux des vulgaires mendiants dans la Semaine religieuse du diocèse de Nantes en 1892, on se soucie dans toutes les villes au moins de distinguer les bons et vrais pauvres des faux et des mauvais, les invalides des valides, et Flaubert se plaint, lors de son voyage breton de 1847, d’être assailli par les mendiants comme un parlementaire rennais de 1580 de ne pouvoir sortir des églises sans être « couvert d’iceux ». En Bretagne tout particulièrement, c’est dans le très long terme qu’il faut donc inscrire l’histoire des mendiants.

4Ce qui fascine plus encore dans l’étude de G. Haudebourg est la confrontation entre cette « tradition » et la modernité d’un xixe siècle qui pose le problème en termes de paupérisme, confrontation encore aiguisée par le décalage culturel entre des préfets étrangers à la région et des notables que leur éducation éloigne désormais des ruraux, d’une part, et ces ruraux fermement attachés à leurs usages, au moins en Basse-Bretagne. À très peu près en effet Ille-et-Vilaine et Loire-Atlantique adoptent dès le début du xixe siècle les comportements nationaux, alors que le Morbihan tarde à le faire et que le Finistère — et sans doute le Trégor — ne s’y résolvent pas avant les années 1930. C’est donc la culture, et la cohésion de cette société rurale, qui expliquent que les structures administratives d’assistance soient plus faibles en Basse-Bretagne : en 1847, 5 % seulement des communes ont ici éprouvé le besoin de se doter d’un « bureau de bienfaisance », sept fois moins que celles de Haute-Bretagne ; et les villes de Basse-Bretagne ignorent les dépôts de mendicité, sauf Brest un moment après 1870. C’est aussi la culture qui explique que la Basse-Bretagne n’accepte guère, malgré le désir des préfets et le zèle des juges, une répression déjà banalisée dans les pays de Rennes et de Nantes.

5Au-delà de réalités très matérielles, comme l’effondrement de l’industrie toilière qui paupérise des pays entiers en Léon, en Trégor et autour de Loudéac, ou bien les crises de la pêche, c’est bien une différence culturelle qui joue ici, probablement cimentée par la différence linguistique, et personne ne s’y trompe. Les « gens sans aveu » que dénonce en 1818 le maire de Brains (Loire-Atlantique) sont « des familles entières de Basse-Bretagne [qui] assiègent nos portes avec leurs enfants que de jeunes femmes traînent avec elles ou portent sur leur dos », des familles reconnues, en doute-t-on, à leur ivrognerie, leur malpropreté et leur fainéantise, selon la société pour l’extinction de la mendicité dans la ville de Nantes (1859). Le mendiant est bas-breton et, si la réciproque n’est pas vraie, le lien charitable devient un stéréotype de la description du Breton, jusqu’à faire des mendiantes qui « vendent » contre un sou symbolique l’eau des fontaines de pèlerinage les héritières des « importants privilèges qui s’attachaient, chez les premiers Celtes, à la garde des fontaines divinatoires ». C’est, il est vrai, du Le Goffic, dans L’âme bretonne qui plus est (1902), mais il est frappant de voir que ne pénètrent pas ou guère en Basse-Bretagne les fantasmes de notables affolés, à l’exemple de ces préfets, du Finistère ou de Loire-Atlantique, qui soupçonnent les « vagabonds » d’être, en 1871, des communards déguisées en 1852 ou 1894 des suppôts d’anarchistes.

6Le cas breton se révèle ainsi un magnifique exemple de heurt entre tradition et modernité, dans une région où la force de la tradition et ses nuances géographiques permettent une approche très riche. La « tradition » est une manière de traiter la précarité qui laisse à chacun sa dignité, et une place reconnue dans la société — au point que la profession de mendiant se transmet parfois d’une génération à l’autre - au prix, c’est vrai, de la misère. Il a fallu trois siècles pour que s’impose la modernité, née de la Réforme catholique et du capitalisme, qui exclut le miséreux en en faisant un objet d’assistance, au bénéfice, c’est vrai, de conditions de survie sans doute améliorées.

7Le tournant idéologique décisif se situe au xviie siècle, mais c’est seulement au xixe que les moyens matériels permettent aux représentants de l’État et aux autorités locales de le mettre réellement en application. Guy Haudebourg insiste donc logiquement sur l’assistance et la répression, mais n’oublie jamais - et ce n’est pas le moindre de ses mérites - que la matière de son étude est faite d’hommes, de femmes et d’enfants. Il y a d’autant plus de mérite que ces mendiants ne s’expriment pas, ou guère. Ils sont donc objets d’histoire, mais les « cas » d’Yves Goasglas, de Plougoulm, d’Augustin Lhostis, de Saint-Pol-de-Léon, de Marie-Julienne Nogray, de Ploërdut — et d’autres - montrent concrètement ce que la modernité a pu aussi signifier de misère, de prostitution, de vagabondage et de prison : on peut sans doute juger une société — et plus exactement ceux qui la dirigent - à la manière dont ils engendrent et traitent les pauvres, et cela ne vaut pas que pour le xixe siècle.

Auteur

Alain Croix                                                         
Sainte-Thècle, lac du Jésuite, 5 avril 1998

© Presses universitaires de Rennes, 1980

 

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