D'ar Merc'her c'hwec'h a viz Kerzu 2017

Demat d'an holl,

 

2018 sera l'année du tricentenaire de la fondation de la Nouvelle-Orléans.

Les préparatifs de cette grande fête mettent déjà la Louisiane dans tous ses états.

Mais aussi tous les amis et les passionnés de la conquête de l'Amérique.

Lors de cette conquête, les indéniables qualités des Français se sont magnifiquement révélées: celles des coureurs, des aventuriers, des colons.

Ce texte les révèlent en partie....

 

Nouvelle France: Canada et Lousiane.

La Nouvelle-France

 

Je présente ici le résultat de recherches inédites sur deux maîtres-pilotes de Brest originaires du Port de Launay en Finistère.

Leur famille semble être originaire du village du Bourgel en Pleyben.

Ce texte est une synthèse de toutes les mentions faites des frères Michel et Joseph Le Queffelec de Kerlaziou, primo-arrivants de la Louisiane et fondateurs de la Nouvelle-Orléans, dans les ouvrages souvent autographes et contemporains, référencés au §12 ci-après.

Lecteur, aidez-moi,

si vous connaissez une source contemporaine aussi minime soit-elle, adressez la moi que je puisse l'analyser et peut-être enrichir cet article.

Je vous en remercie par avance.

Yves Queffelec                         Tél 0628397788             Mail yves.lequeffelec@cegetel.net

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Canot à la godille rejoignant un bateau traversier (lavis de Pierre Ozanne vers 1780) :

Canot à la godille rejoignant un bateau traversier, lavis de Pierre Ozanne vers 1780

 

Cet article fait suite aux précédents articles:

Michel Le Queffelec primo-arrivant en Louisiane, Partie I [Famille Pleyben Bourgel]

Michel Le Queffelec primo-arrivant en Louisiane, Partie II [Famille Pleyben Bourgel] 

Michel Le Queffelec primo-arrivant en Louisiane, Partie III [Famille Pleyben Bourgel] 

Michel Le Queffelec primo-arrivant en Louisiane, Partie IV [Famille Pleyben Bourgel

 

Pour en savoir plus sur le blog consulter:

Liste des articles du blog Queffelec a-drak

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Plan de l'article:

1) Introduction

2) Le contexte maritime Français

3) La formmation des officiers de Marine et officiers mariniers

4) Brest port de guerre

5) Brest port de commerce

6) Les marins Bretons

7) Le contexte de la Nouvelle-Orléans

8) L'embouchure du Mississip enjeu "politique"

9) Michel et Joseph Le Queffelec en Louisiane

10) Ce que l'on sait de cette famille Queffelec

11) Conclusion

12) Sources

13) Rôles d'équipage

14) Liste des pilotes du Finistère aux 16 & 17è siècles (source : registres de catholicité)

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1) Introduction :

 

Les frères Michel et Joseph Le Queffelec nés en 1682 et 1697,  fils d’avocat, petits-fils de notaire côté paternel, suivirent les cours de l’école d’hydrographie de Brest et devinrent officiers mariniers au titre de « Pilote » et « Maître ».

Ils sont apparentés côté maternel à la bourgeoisie aisée et entreprenante de la toute jeune ville de Brest : commerçants, négociants, armateurs, échevins et maires.

Michel et Joseph Le Queffelec, probablement encouragés par leur parentèle et séduits par la formidable publicité faite depuis Paris sur la Louisiane promue « pays de cocagne », s’engagèrent pour la Compagnie des Indes par acte notarié passé à La Rochelle au mois de mars 1720.

Cette toute jeune Compagnie, créée en 1719 par John LAW (1671 Edimbourg - 1729 Venise) venait d’absorber la Compagnie du Mississipi fondée en 1717 par le même John LAW, elle-même créée suite à la défection de la Compagnie de la Louisiane fondée en 1712 par le Toulousain Antoine CROZAT (1655 Toulouse - 1738 Paris) l’une des plus grandes fortunes du royaume de France.

Michel et Joseph franchirent l’océan Atlantique sur la « Légère », un traversier de 30 tonneaux qui aborda l’Ile aux Vaisseaux, au large de Biloxi, le 15 septembre 1720.

Ils trouvèrent là, des administrateurs de la Compagnie, des officiers des armées du Roy, des concessionnaires grands propriétaires, des maîtres-ouvriers, des colons engagés, des religieux, des soldats, des forçats, des filles de petite vertu, des condamnés par les cours de justice françaises à la peine de relégation dans les territoires d’outre-mer (1). Et enfin des esclaves essentiellement africains et des tribus indiennes.

En 1720 la stratégique et immense Louisiane Française traversait une période très chaotique qui hypothéquait son existence même: famines, épidémies, conflits militaires avec les Espagnols et les Indiens, ouragans et inondations à répétition.

Les explorateurs de cette époque étaient des hommes d’action, leurs actes opiniâtres en témoignent. Ils étaient peintres, savants, scientifiques, poètes, botanistes, médecins et astronomes, d’un appétit de connaissances insatiable et d’une curiosité exemplaire qu’ils ont toujours payés de leurs souffrances et parfois de leur vie alors que les trompettes de la renommée demeuraient trop souvent muettes (2).

C’est le cas des frères Le Queffelec qui ont pourtant reconnu le cours du Mississipi, enduré de multiples souffrances et y ont finalement perdu la vie comme nous allons le voir. Ils peuvent donc dignement sortir de l’ombre.

Ce texte pour les honorer et faire enfin sonner ces fameuses « trompettes de la renommée ».

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2) Le contexte maritime Français:

Il n’y avait pas un seul vaisseau armé, dans nos ports, à la mort d’Henri IV en 1610 (3).

En 1627, sont créées les trois premières escadres françaises : de Guyenne, Bretagne et Normandie, basées à Brouage, Brest et Le Havre. Richelieu crée cette même année les « Gardes Maritimes», futurs officiers de la Marine Royale.

Sous l’impulsion du cardinal, l’ordonnance de 1634 est le premier code écrit ou règlement qui remplace alors les anciennes coutumes dont la tradition faisait toute l’autorité tant pour la marine militaire que pour la marine marchande. A la mort de Richelieu en 1643, le roi de France avait 35 galères et 60 vaisseaux ronds prêts à prendre la mer (3).

Ce n’est qu’à partir de 1669 sous l’administration de Colbert que la Marine prit à nouveau un essor considérable.

Selon l’enquête que Colbert commandita en 1664, la flotte hollandaise est la première d’Europe avec 6 000 navires et 400 000 tonneaux de jauge, loin devant celle de la France.

Tout manquait et tout était à créer. La France n’avait ni arsenaux, ni matériaux, ni munitions, ni approvisionnements pour faire des flottes : ancres, cordages, voiles, artillerie.

L’ordonnance de marine rendue en 1681 (34), après douze années de travaux préparatoires, fut le couronnement de l’édifice élevé par Colbert (3).

C’est elle qui détermina le rang et les fonctions des capitaines, aumôniers, écrivains, pilotes, contremaîtres, chirurgiens, etc.

Cette ordonnance eut pour complément celle de 1689 sur la marine militaire (35).

A sa mort en 1683 Colbert eut un digne successeur dans son fils, le marquis de Seignelay, il y avait alors en France 176 vaisseaux.

 

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3) La formation des officiers de Marine et officiers mariniers :

 

C'est à Dieppe qu'avait été fondée, au 16ème siècle, en dehors de toute intervention royale, la première Ecole d'Hydrographie. L'armateur ANGO, épris de découvertes maritimes et de civilisation florentine, avait attiré à Dieppe un grand nombre de pilotes et fait de ce port un centre maritime très actif.

Avant l’institution des « Gardes Maritimes » en 1627, la marine de guerre nationale n’a pas d’officiers à proprement parler.  Les navires sont commandés par des grands seigneurs, les guerriers, et des pilotes et maîtres d’équipages pour la navigation et la manœuvre.

Le cardinal de Richelieu s’attacha à donner un cadre officiel à la formation initiale des officiers de vaisseau ; apparaissent alors les « Gardes Maritimes » (4).

Lorsque Colbert voulut, en réorganisant la Marine, lui assurer des capitaines instruits, il trouva à Dieppe le modèle de l'institution qu'il désirait créer. L'abbé Denys y tenait, en 1661, une école pour les pilotes hauturiers. Colbert l'encouragea et fit installer des écoles semblables dans les grands ports (5).

En 1669 Colbert met en place les « Compagnies des Gardes Maritimes » réservées aux nobles; l’une au Levant (Toulon) l’autre au Ponant (Rochefort).

En 1683, sous le ministère de son fils, le marquis de Seignelay, les Compagnies composées de plus de 700 gardes passent au nombre de trois Toulon, Rochefort et Brest.

L'ordonnance de 1681 précise l'organisation des "Ecoles d'Hydrographie", réservées aux marins qui y recevaient gratuitement l'enseignement des mathématiques et les notions d'astronomie nécessaires à la navigation.

Malgré les premières difficultés éprouvées pour le recrutement des professeurs, ceux-ci se trouvèrent bientôt en assez grand nombre. Des anciens pilotes, des officiers passés par les écoles d'artillerie de marine, ou même des mathématiciens de valeur comme Digard de Kerguette, s'illustrèrent dans le professorat de ces écoles.

Un programme détaillé de formation d’une dizaine d’années de l’âge de 15 à 25 ans est mis sur pieds. Il comporte des embarquements; 3 frégates sont affectées aux Compagnies des Gardes Maritimes (5).

 

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4) Brest port de guerre :

Brest en 1640

Brest vers 1640. La ville est décrite à cette époque par les enquêteurs royaux comme indigente (une « gueuserie »), mais c'est l'un des rares ports français en eau profonde

Après beaucoup d'efforts, Colbert en fait l'un des trois grands arsenaux français de la deuxième moitié du XVIIe siècle.

Dès 1687, on vit manœuvrer dans cette rade des vaisseaux de guerre,

 « Plan du Goullet et de la Rade de Brest et de l'Ordre de Mouillage de 40 vaisseaux de Guerre et de 16 Brullots, 3 galiottes à bombes pour l'ordre de combat à l'ancre, le 12 juin 1692 » (32): 

Rade de Brest en 1692

 

L’instruction des Gardes de la Marine à Brest en 1692 est bien connue de par les deux rapports confidentiels que le Père Cl.-J. Thoubeau affecté en 1686 à Brest comme professeur de mathématiques et d’hydrographie adressa au ministre de la Marine Seignelay le 24 mars 1692 pour alerter sur l’inefficacité de l’instruction des Gardes de la Marine dans les Ports et sur les Vaisseaux (6).

Le Père réclame plus de moyens pour la formation (modèles réduits, dragues et pompes), plus d’exercices à bord ou sur le terrain pour apprendre la manœuvre, le canonnage et la fortification, la rénovation de certains enseignements : arithmétique, le dessin pour dresser des cartes, profiler une côte, tracer un ordre de marche… (6).

La science des pilotes est particulièrement bien décrite par un mathématicien contemporain des frères Le Queffelec, Antoine de Laval in « Voyage de la Louisiane par ordre du Roy en 1720 ». Son ouvrage est technique, il traite  de physique, d’astronomie, de géographie, et de marine (7).

 

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5) Brest port de commerce :

Bien avant que la Royale ne puisse les protéger, les marchands Brestois prenaient tous les risques pour commercer. Par exemple le 9 juin 1631 Lucas Le Stobec fils de François Le Stobec maire de Brest de 1631 à 1633, lui-même futur maire de Brest de 1652 à 1654, fut attaqué par un grand vaisseau Turc au large de Lisbonne miraculeusement démâté alors qu’il allait aborder le « Fleur de Lys » du Brestois (29).

Plus tôt encore en 1590, un marchand Basque venu de Saint-Jean-de-Luz,  Michel Cheberry, vit son navire de 160 tonneaux pillé par des Anglais (36).

Le frère de Michel, Jean de Cheberry, lui aussi marchand installé à Morlaix avant 1577 date à laquelle il eut une fille dénommée Michelle de son épouse Anne Maistre dont il aura 12 enfants. Leur petite-fille Jeanne de Cheberry se mariera à Yves L’Izac à Roscoff en 1631. Yves est le beau-frère de Guillaume Le Queffelec notaire royal à Pleyben qui sera parrain du premier de leurs 12 enfants tous nés à Châteaulin.

Brest est aussi une société urbaine, un port de commerce tenu par des marchands, échevins et maires habiles, intelligents et entreprenants.

Voici ce qu’en dit Jean-Pierre Poussou dans son ouvrage « Les sociétés urbaines au XVIIème siècle, Angleterre, France, Espagne » :

« Les maires, consuls et échevins sont rarement des personnages isolés. Il est même tentant de parler de familles municipales plutôt que de maires ou échevins… Ces élites sont caractérisées par leur volonté de rester au pouvoir ou d’y revenir ; elles le sont aussi par leur grande mobilité…. Issues d’un monde difficile et âpre, maires et échevins des ports, marchands puis négociants sont habitués au combat : combat contre les éléments, la mer ; combat contre les concurrents et les difficultés de la vie (naufrages, fortunes de mer, captures de bâtiments par les Barbaresques, ruines, maladies exotiques) : autant d’atouts pour réussir et devenir des notables, arracher des mairies, acheter des terres… A Brest Isaac Monod, sieur du Chesne, est un riche marchand de vin qualifié de « noble homme », titulaire de la mairie en 1676-1677 et en 1685-1687 » (8).

La remarquable richesse d’Isaac Monod est révélée par l’inventaire après décès daté de 1690. Cet Isaac n’avait pourtant été naturalisé qu’en 1676 (8).

Or cet Isaac Monod est l’époux de Claude Le Stobec, elle-même sœur de Jeanne Le Stobec épouse de Jan ALLAIN. Leur fille Françoise ALLAIN épousera Rolland Le Queffelec sieur de Kerlaziou père de Michel et Joseph Le Queffelec.

Isaac Monod sieur du Chesne fut maire de Brest de 1676 à 1678 puis de 1685 à 1687, suivi de Thomas Le Meyer sieur de Villeneuve maire de Brest de 1688 à 1690 fils de Jean Le Meyer et de Jacquette Le Stobec.

Lui succède Yves Le Gac sieur de l’Armorique, époux d’Anne Hubac. Or Anne Hubac est la sœur de Françoise Hubac épouse de François Le Stobec sieur du Plessix maire de Brest de 1667 à 1669.

Elles sont filles de Laurent HUBAC et sœurs d’Estienne HUBAC tous deux maîtres charpentiers qui dirigèrent la construction de navires de guerre à Brest sous Richelieu, Mazarin, Colbert…

Les frères Michel et Joseph Le Queffelec sont donc alliés à une large parentèle commerçante très active, entreprenante et industrieuse, tenant les rênes de Brest depuis très longue date car on peut y inclure presque tous les maires de Brest depuis sa création !

Les familles Chaussec, Le Stobec, L’ozach, L’izac, Allain, Monod, Lars, Le Mayer, Le Gac, Hubac, de Cheberry, constituent bel et bien un réseau d’élites portuaires porté par un nombre restreints de familles agissantes à Brest et dont la proche parentèle était également établie à Morlaix, Roscoff, Le Conquet, Landerneau, Châteaulin, Crozon, Audierne, et bien entendu : Lorient, Nantes, La Rochelle, Bordeaux, Saint-Jean-de-Luz, etc.

 

Pour bien comprendre le dynamisme du port de commerce de Brest il faut se reporter à l’ouvrage d’Armand Corre « Armateurs et marins bretons d’autrefois » (9) :

« L’histoire maritime ne raconte guère que les institutions, les gloires et les revers de la marine militaire… et pourtant l’âme nationale ne résidait pas uniquement dans une fraction restreinte de la population ; elle mouvait, dans le peuple et la bourgeoisie, mille bras actifs et intelligents qui étaient les principaux  instruments de la richesse et de la puissance du royaume… Colbert voulait que la marine militaire serve à l’essor de la marine marchande rivale de celles de l’Angleterre, de la Hollande et de l’Espagne…. Ils sont dignes de sortir de l’ombre, ces marins marchands… Le marin marchand est le type accompli de l’homme de mer, à l’endurance si prodigieuse... » (9).

Armand Corre poursuit par un descriptif admiratif des qualités des capitaines long-courriers et tout particulièrement de Gabriel Le Gac, l’un des sept enfants d’Yves Le Gac sieur de l’Armorique maire de Brest, donc un cousin par alliance des frères Le Queffelec.

Gabriel Le Gac né en 1678 était de quatre ans l’ainé de Michel Le Queffelec né en 1682. Il est donc certain qu’ils se sont côtoyés à l’école d’hydrographie de Brest, et ont suivi les mêmes cours avec les mêmes professeurs.

Ils ont tous deux passé avec succès les examens que l’ordonnance royale de 1681 impose à tous les candidats au brevet de pilote et capitaine, ainsi qu’une expérience minimale de cinq années de navigation.

Gabriel Le Gac fut capitaine pour la Compagnie des Indes : sur le Galatée, frégate de 350 tonneaux (campagne de Cochinchine et Chine 1720/1722) puis sur l’Hercule, vaisseau de 750 tonneaux (campagne des Indes 1724/1727). Le rôle de l’Hercule rapporte son décès le 18/9/1725.

Son frère Charles Le Gac, marchand puis négociant à Nantes, s’y maria en 1709, fut directeur pour la Compagnie des Indes en Louisiane du 25/8/1718 au 5/3/1721.

Il est donc fortement probable que Michel et Joseph le Queffelec fréquentèrent cet homme particulièrement influent.

 

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6) Les marins Bretons :

La mer est pour les Bretons un élément familier. De tous temps ils s’y illustrèrent pour la pêche côtière comme hauturière, le commerce de cabotage comme celui du long cours, la course corsaire comme celle de la Royale.

Voici ce que Jean Bernard BOSSU, officier de marine bourguignon, écrit dans son ouvrage « Nouveaux voyages aux Indes occidentales » à propos de son premier départ pour la Nouvelle-Orléans:

« J’étois à Belle-Isle en Mer en 1750 ; au mois de novembre nous appareillâmes devant le Palais ; dès la première nuit nous essuyames une si furieuse tempête à la hauteur des côtes de Poitou, qu’on eut dit à chaque instant que notre petit vaisseau alloit être englouti sous les flots ; l’équipage étoit composé d’un Pilote & de trois matelots, Bas-Bretons qu’on appelle communément loups de mers ; ils sont si accoutumés à cet Elément, qu’ils le bravent avec intrépidité dans les saisons les plus rigoureuses » (10).

 

Henri Bourde de la Rogerie dans son ouvrage « Les Bretons aux Iles de France et de Bourbon » écrit en 1931 :

« Est-il besoin de rappeler que des marins, des soldats, des marchands, des cultivateurs, des missionnaires Bretons ont joué un rôle considérable dans la découverte ou dans la conquête et dans la mise en valeur des terres lointaines qui furent ou qui sont encore des colonies de la France ? Les instincts migratoires des Bretons et leur goût pour les entreprises hasardeuses les prédisposaient à donner des chefs et des soldats aux conquêtes et aux entreprises d’outre-mer » (11).

 

Suit un tour du monde des lieux où les Bretons s’illustrèrent, voici ses mots relatifs à la Louisiane :

« Le Malouin J .-B. Bénard de la Harpe fit un intéressant voyage en Louisiane (1718-1724) ; le pilote bas-breton Kerlaziou reconnut le cours du Mississipi ; le Quimpérois Louis Billoard de Kerlérec fut le dernier gouverneur de la Nouvelle-Orléans (1753-1763) » (11).

 

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7) Le contexte de la Nouvelle-Orléans :

Le premier document mentionnant la Nouvelle-Orléans date du 1er octobre 1717. Alors est nommé un garde-magasin et caissier « au comptoir qui doit être établi à la Nouvelle-Orléans sur le fleuve Saint-Louis ».

A cette date rien n’existait encore sur l’emplacement de cette future ville. Quelques travaux débutèrent l’année suivante freinés par l’hostilité des colons, commerçants et membres du conseil déjà installés à La Mobile et à Biloxi.

Jean-Baptiste Bénard de La Harpe (1683-1765) lors de son premier voyage en Louisiane découvrit la Nouvelle-Orléans le 17 décembre 1718, il y trouva quatre cabanes et quelques huttes. La Harpe écrivait le 25 décembre 1720 sans doute pour se concilier la faveur des habitants de Biloxi et de La Mobile : « il a paru que la décision de la Compagnie était de faire son premier établissement à la Nouvelle-Orléans, à trente-deux lieues dans le Mississipi, mais il est à croire qu’elle n’a pas bien été informée. Le pays est noyé, impraticable, malsain » (12)

La crue du Mississipi de septembre 1719 retarda encore le projet d’implantation, mais l’ordre de rendre aux Espagnols la place forte de Pensacola en date du 20 août 1721 décida le Conseil de la Compagnie d’imposer enfin le 23 décembre 1721 la Nouvelle-Orléans comme capitale de la Louisiane.

 

 

Le magnifique poème manuscrit comptant 4692 vers de M. Dumont de Montigny (militaire, poète et ingénieur)  « touchant l’établissement de la province de la Louïsiane connüee sous le nom du missisipy » présente deux plans à main levée de la nouvelle Nouvelle-Orléans (13).

L’ancienne Nouvelle-Orléansvers 1719, quatre humbles petites cabanes perdues dans la forêt sur la rive gauche du Mississipy: 

La Nouvelle-Orléans 1719   

 

La nouvelle Nouvelle-Orléans vers 1730 :

La Nouvelle-Orléans 1730

         

 

A titre comparatif le nouveau Biloxi à fin janvier 1721 comptait 1249 habitants et 900 nouveaux colons y étaient annoncés (14).

L’ingénieur Adrien de Pauger commandé par M. Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville dressa les plans de la future capitale en avril 1721 qui n’est autre que le Vieux-Carré ou « Crescent-City », futur « quartier Français » de l’actuelle New-Orleans.

Le Père Charlevoix  en dit encore le 10 janvier 1722 « une centaine de baraques placées sans beaucoup d’ordre, un grand magasin bâti de bois, deux ou trois maisons qui ne pareraient pas un village en France, et la moitié d’un méchant magasin qu’on avait bien voulu prêter au Seigneur »(15).

Le siège du Gouvernement se transporta en 1722 à la Nouvelle-Orléans; la ville alors comptait 203 habitants. La misère qui y régnait était alors si tristement célèbre dans la colonie, qu’une compagnie tout entière venant de Biloxi décida de déserter plutôt que d’y cantonner (16).

Le 11 septembre 1722 éclata un ouragan terrible qui dura trois jours et renversa bon nombre de constructions. Les vivres firent encore défaut, et la disette devint telle qu’il fallut éparpiller les troupes parmi les sauvages alliés, pour qu’elles pussent vivre de pêche et de chasse. Il en résulta de nombreux actes d’insubordination et de désertion (17).

La Compagnie des Indes a fait passer de France à la Louisiane 7020 personnes sur 43 vaisseaux du 25 octobre 1717 au 31 mai 1721; dont 2000 environ sont à cette dernière date décédées, ont déserté ou sont retournées en France. Auxquelles il faut rajouter environ 600 esclaves arrivés des côtes ouest de l’Afrique.

 

 

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8) L’embouchure du Mississipi enjeu « politique » :

Michel et Joseph Le Queffelec ont vécu tout d’abord à Biloxi et transbordaient avec leur traversier hommes et matériels depuis l’île aux Vaisseaux jusqu’à Biloxi inaccessible aux vaisseaux.

La Compagnie n’avait pas prévu assez de bateaux ni même délivré les matériaux nécessaires à leur construction sur place, donc tout restait sur place, les conditions de vie étaient des plus insalubres, beaucoup mouraient de maladie et d’épuisement.

Il eût fallu avoir un port sur le fleuve du Mississipi pour débarquer les hommes là où ils pouvaient s’installer et devenir autonomes. Mais les décideurs y répugnaient ; comme nous allons le voir, les conflits d’intérêt ont coûté beaucoup et mis en péril le démarrage de la Colonie.

Les frères Le Queffelec ont donc dû jongler entre les impératifs des transbordements et les sondages des multiples passes du Mississipi. Il y avait grande urgence à trouver un passage permettant la remontée de ce fleuve par tous les types de navires.

Dans son histoire de la Louisiane, Antoine-Simon Le Page du Pratz mentionne  la difficulté pour les pilotes d’accéder à ce fleuve et  même y naviguer :

« Les Espagnols appelaient ce fleuve Rio-el-condido, Rivière cachée. Ce fleuve est presque toujours trouble, ce qui provient des eaux du Missouri, puisqu’avant cette jonction l’eau du fleuve est très claire. Je ne dois pas oublier de dire qu’aucun navire ne peut entrer ni rester dans le Fleuve lorsque les eaux sont hautes, à cause du nombre prodigieux d’arbres & de la quantité de bois mort qu’il entraîne, lesquels joints aux cannes, aux feuilles,  au limon, & au sable que la mer rejette à la côte, augmente continuellement les terres, et les fait avancer dans le golfe du Mexique comme un bec d’oiseau » (18).

Et s’interroge sur le choix de la Compagnie de fixer sa capitale au Biloxi ce qui compliquait énormément la tâche des pilotes qui devaient organiser plusieurs transbordements des marchandises : « Je n’ai jamais pu deviner pourquoi on fit de Biloxi le principal Etablissement de la Colonie, ni pourquoi on vouloit y bâtir la Capitale ; rien ne répugnait plus au bon sens, puisque non seulement les Vaisseaux ne pouvoient en approcher que de quatre lieues, mais encore, ce qui gênoit le plus, c’est qu’on ne pouvoit rien apporter des Navires, qu’en changeant trois fois de bateaux de plus petit en plus petit ; encore falloit-il aller à l’eau plus de cent pas avec des petites charrettes pour décharger les plus petits bateaux » (18).

 

Il donne ensuite une description des passes de l’embouche du fleuve Mississipi :

 « l’embouchure de la droite est nommée la Passe du Sud, la Passe du Sud-Est est à gauche de celle du Sud. Dans les commencemens les Navires entroient par la Passe du Sud-Est, mais avant d’y descendre, on trouve à gauche la Passe de L’Est,  qui est celle par laquelle on passe à présent.  A chacune de ces trois passes il y a une barre comme à toutes les rivières du monde ; celles-ci ont trois quarts de lieue de large, sur lesquelles il n’y a que huit à neuf pieds d’eau : mais il y a un chenal qui coupe la barre, lequel étant sujet à changer souvent, le Pilote Côtier est obligé de sonder tous les jours pour s’assurer de la Passe ; ce chenal a dix-sept à dix-huit pieds d’eau en eau basse …/… On ne peut passer cette barre de trois quart de lieue de large sans le Pilote de la Barre, qui seul connoit le chenal » (18).

Pierre Heinrich dans son ouvrage « La Louisiane sous la Compagnie des Indes » rapporte une lettre datée du 6 juillet 1719 : « si peu profond était le nouveau chenal conduisant au port de l’île Dauphine, que les vaisseaux risquaient à chaque instant de s’y échouer. L’entrée de la Baie de Mobile n’était guère meilleure, et le long de la côte la mer brisait avec tant de force, qu’à peine trouvait-on huit jours par mois pour pouvoir décharger aisément une chaloupe » (1).

On comprend alors aisément la pénibilité et la dangerosité du travail des frères Le Queffelec pour décharger les vaisseaux de la Compagnie.

 

Le 25 janvier 1723 l’ingénieur Adrien de Pauger fit un rapport sur l’embouchure du Mississipi et

« atteste qu’à sa première visite , il a trouvé que les navires tirant 14, 15 pieds d’eau et même plus, pouvaient y passer aisément. Il regrette que, malgré les représentations de M. Le Moyne de Bienville, la compagnie persiste à envoyer ses vaisseaux à Biloxi, où les débarquements s’opèrent avec beaucoup de difficultés, tandis qu’à la Nouvelle-Orléans, ils se feraient avec la plus grande facilité ; d’autant plus qu’il est extrêmement pénible et coûteux pour les habitants du fleuve, dont le nombre doit s’augmenter tous les jours, vu la fertilité des terres, d’aller à Biloxi chercher leurs nègres et tout ce dont ils peuvent avoir besoin » (14).

Ce même Pauger donne ici la solution de réduire la barre que les Espagnols n’avaient jamais su franchir :

« cette barre est formée par l’affaiblissement du courant du Mississipi, qui se dégage auparavant par quantités de passes, et qui, par la rencontre de la mer à cet endroit, y forme un dépôt de vase molle, de cinq à six cents toises de largeur, laquelle se pourrait rompre et emporter, en bouchant quelques-unes des passes du Mississipi par quelques vieux vaisseaux coulés à fond, et par des arbres dont il descend une prodigieuse quantité pendant les deux premiers mois de l’année, que le Mississipi déborde par la fonte des neiges des pays d’en haut….. Il est indubitable que par ce moyen, la passe se creuserait de plus en plus. Ce travail ne serait pas d’une grande dépense, les bords du fleuve étant remplis de bois de cypre, qui est incorruptible et se travaille aisément » (14).

 

Marc Antoine César Anne HUBERT ingénieur, commissaire-ordonnateur de la Louisiane, affirme que les directeurs et commis avaient trop intérêt à prétendre que l’entrée du fleuve était impraticable , afin de pouvoir se faire livrer à bon compte, durant les transbordements de l’île aux Vaisseaux au Biloxi, des marchandises revendues ensuite par eux avec un énorme bénéfice.

« Ce sont des officiers de bonne foy qui ont rendu public ce que d’autres avaient caché depuis longtemps, les bâtimens à varangues plattes qui ne tireront que treize pieds d’eau peuvent dès à présent entre dans le fleuve et y monter fort haut y ayant un très grand fond jusqu’aux Natchez et même plus loin. Il est aisé d’en donner d’avantage sur la Barre parcequ’elle est de vaze qu’on peut aisément enlever avec peu de dépense »(19).

 

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9) Michel et Joseph Le Queffelec en Louisiane:

Jean-Baptiste Bénard de La Harpe, grand aventurier de la Louisiane, Malouin d’origine écrit dans son « Journal Historique de l’Etablissement des Français à la Louisiane » :

« Le 16 septembre 1720, le vaisseau Le Profond, une flûte, commandée par M. de Guermeur, et La Légère, traversier, par M. Kerlaziou, arrivèrent à l’île aux Vaisseaux avec deux cent quarante passagers de la concession de M. Laure, sous la direction de MM. Elias et Le Boutteux. Ces navires étaient entièrement chargés d’effets et de vivres pour le compte de la concession et de celle de M. Diron d’Artaguette » (20).

 

Philippe de Guermeur de Penhoat est originaire de Crozon, il est de 7 ans l’ainé de Michel Le Queffelec de Kerlaziou. Son équipage est presque entièrement composé de marins de la presqu’île de Crozon, ses voisins, ses amis peut-être.

La sœur de Philippe, Hélène de Guermeur s’est mariée à Crozon le 14 juin 1694 avec Jacques Lars de Poulrinou, maire de Brest de 1694 à 1717. Jean Lars âgé de 30 ans, fils de ces derniers accompagne son oncle (31), il est 3ème pilote, du même âge que Joseph Le Queffelec, ils ont fait ensemble l’école d’Hydrographie de Brest.

La sœur de Jacques Lars, Catherine Lars a épousé Pierre Sigurel de Saint-Léger maire de Brest de 1679 à 1681, une seconde sœur Marie Lars a épousé François Le Stobec du Plessix maire de Brest de 1667 à 1669.

Michel et Philippe sont proches parents, ils le savent. C’est sûrement la confiance réciproque qui permit cette traversée groupée.

Philippe part en Louisiane pour y amener des hommes et des vivres et repart aussitôt vers la France. Il reviendra peu après en Louisiane comme nous le verrons par la suite.

Michel et Joseph Le Queffelec quant à eux se sont engagés à faire du cabotage de port en port et du transbordement pour une durée de trois ans, comme le stipule l’acte d’enrôlement.

Le rôle d’équipage de "La Légère" établi par des notaires royaux de La Rochelle mentionne que tous: « sont des engagés volontaires auprès de Messieurs de la Compagnie Royale des Indes, pour la servir sur le traversier « La Légère commandé par le sieur K/laziou Le Queffelec, au pays de la Louisiane, y naviguer de port en port, pour tous les voyages qui leur seront ordonnés pendant le temps qui sera déclaré à chacun de leur article et au prix mentionné aux delà desquels temps ils seront libres de s’en revenir en France. Leurs gages commenceront à courir du jour qu’ils partiront de ces rades pour aller au dit pays et finiront à leur arrivée en France de retour, seront nourris aux dépens de la Compagnie, à la ration ordinaire en pain, viande. Le deux mars mil sept cents vingt » (21).

 

 

Enrollement de Michel Le Queffelec de Kerlaziou

« A comparu le sieur K/laziou Le Queffelec natif du port de Launay près de la ville de Brest, agé de trente deux ans, en qualité de Maistre du dit Traversier la Légère, qui s’est engagé pour servir deux ans comptés dans la collonie, aux appointements de quatre-vingt livres par mois, et reçu six mois d’avance. A signé K/laziou le Queffelec » (21)

 

 

Enrollement de Joseph Le Queffelec de Kerlaziou

« du treize avril du dit an a comparu Le Queffelec natif de Brest agé de vingt trois ans contre maistre et pilotte a raison de trante livres par mois a recû six mois d’avance. Joseph queffelec » (21).

 

Michel Le Queffelec capitaine de La Légère doit faire face à des désertions avant même son départ de La Rochelle. Ceci malgré deux arrêts d’Etat promulgués en 1718 pour aider au développement de la Louisiane. Ces arrêts fixent les obligations des engagés de la Compagnie tout en allégeant celles de la Compagnie, par exemple :

« tout engagé par acte privé ou notarié qui ne se rend pas au port d’embarquement, sera arrêté et conduit en Louisiane pour y travailler sans aucuns gages pour le compte de la Compagnie et ce pendant le double du temps porté par leurs engagements » (22).

Quinze jours après leur arrivée au Vieux-Biloxi (1er siège de la Compagnie), les frères Le Queffelec assistèrent à un triste spectacle: « le 1er octobre 1720, un incendie consume toutes les baraques et entrepots. Aussi la plus effroyable misère ne tarda-t’elle pas à régner au Biloxi. Moins heureux que les soldats et ouvriers de la Compagnie, envoyés pour ne pas mourir de faim chez les peuplades environnantes, les concessionnaires en étaient réduits, une fois leurs propres vivres épuisés à quelques herbes coquillages, avec des eaux puantes et bourbeuses comme seule boisson » (1).

 

Je n’ai pas trouvé d’informations particulières pour l’année 1721, il est probable que Michel et Joseph firent essentiellement du transbordement car la Compagnie décupla ses efforts pour amener en masse hommes, matériels et matériaux.

 

Le 25 janvier 1722 Joseph Le Queffelec passa la journée avec MM Adrien de Pauger et Pierre-François Xavier de Charlevoix. Ce dernier est Jésuite, professeur et historien né à Saint-Quentin en Picardie à qui le Régent ordonna un voyage d’observations. Sa relation est donnée dans son ouvrage « Journal historique d'un voyage en Amérique septentrionale » (15).

M. de Charlevoix envoyé par le Roi fut lors de son passage à la Nouvelle-Orléans accueilli par M. de Pauger ingénieur en Chef, ce qui confirme la caractère scientifique de son voyage.

Mais lorsqu’il fallut présenter et même aller dans les passes de l’embouchure du Mississipi c’est à M de Kerlaziou que l’on fit appel.

Dans les ouvrages historiques et dans les relations autographes relatifs à la Louisiane peu de pilotes sont nommément cités. Ce qui surprend c’est la permanence des signalements du pilote Kerlaziou qui devait être l’un des plus expérimentés sinon le plus actif entre l’Ile aux Vaisseaux et Biloxi et même donc entre La Balise et la Nouvelle-Orléans.

 

Laissons maintenant parler M. de Charlevoix : «  Nous passâmes le reste du jour (le 25 janvier 1722) M. de Pauger & moi, avec le Pilote Kerlasio (sic !), qui commandait le Brigantin, à sonder & à relever la seule embouchure du Fleuve, qui soit navigable ; & voici au juste nos observations sur l’état où nous l’avons trouvée, ……, dans cet intervalle la largeur du Fleuve est de deux cent cinquante toises, sa profondeur de dix-huit pieds au milieu, fond de vase molle ; mais il faut y naviguer la sonde à la main, quand on n’est pas pratique » suit une longue description des louvoiements à maîtriser pour sortir de cette embouchure. (15)

 

La marge de manœuvre ne dépasse  guère quelques dizaines de toises (1 toise vaut environ 2 mètres) d’où les innombrables échouages relatés par tous les contemporains de M. de Kerlaziou.

 

M. de Charlevoix présente une carte des passes du Mississipi qui ne peut avoir été établie qu’à partir de cartes dressées et utilisées par le pilote Kerlaziou :

Embouchure Mississipi par de Charlevoix

 

 

Ensuite M. de Charlevoix tente de quitter la Nouvelle-Orléans avec une flûte de 300 tonneaux « l’Adour », mais le pilote est un jeune Malouin non encore aguerri qui a tous les peines du monde à diriger le vaisseaux dans les innombrables méandres du Mississipi et un courant fort suite à des pluies diluviennes qui a fait déborder le fleuve.  Il décrit l’équipage « nous avons cinquante Matelots Bretons, un peu mutins, mais forts et vigoureux, presque tous ont été à la Pêche à la Moruë, & c’est une bonne école, ; leurs Officiers-Mariniers me paraissent  gens de tête & d’exécution » (15).

Puis vient une narration sur « le moyen de creuser la principale passe » qui est probablement le fruit des discussions que M de Charlevoix eut la journée durant avec MM de Pauger et de Kerlaziou.

C’est M. de Pauger qui construisit La Balise qui devait servir à guider tous les navires désirant remonter le Mississipi. L’efficacité de tels travaux et en particulier ceux visant à augmenter les courants dans la passe principale pour en réduire l’envasement ont dû être validés par sondages durant des mois par Kerlaziou.

 

Le 5 avril 1722 le vaisseau Le Profond, commandé par M. de Guermeur, arriva ; « on chanta le Te Deum pour remercier Dieu de ce secours ; la colonie était dans une grande disette de vivres » (8).

M. de Guermeur comme nous l’avons vu, connaissait la famille Le Queffelec de K/laziou et c’est probablement lors de ce second voyage en Louisiane qu’il apprit le décès de Michel Le Queffelec par son jeune frère Joseph Le Queffelec.

Le décès de Michel Le Queffelec de K/laziou est mentionné par sa sœur Jeanne Le Queffelec dame de K/autret Riot, dans l’acte de tutelle du 4 septembre 1722 d’Alexandre Souisse fils mineur de défunt Alexandre Souisse en son vivant Lieutenant au siège de l’Amirauté de Brest et de Anne Marie Gabrielle Monod :

« Jeanne Le Queffelec Riot repette sa déclaration que le sieur Michel Le Queffellec est mort et que Joseph Le Queffellec est à Missipy (sic) » (23):

1722 tutelle Alexandre Souisse à Brest

 

Cet acte montre la très grande affinité entre les petits-enfants de deux sœurs Le Stobec : Claude Le Stobec épouse de Isaac Monod (maire de Brest) grands-parents du jeune Alexandre Souisse, et  Jeanne Le Stobec épouse de Jean ALLAIN grands-parents des frères et sœur Jeanne, Michel et Joseph Le Queffelec.

 

Le 12 juillet 1722 Joseph Le Queffelec fut contraint emmener à La Havane en Cuba les ouvriers suisses tous déserteurs: « Le 12, la compagnie Suisse, commandée par M. Brand en l’absence de M. Wonwerdelik, capitaine en pied, qui devait monter à la Nouvelle-Orléans, pour travailler aux ouvrages, s’étant embarquée sur le traversier l’Elisabeth, commandé par M. Lazou (Sic !), se souleva contre l’équipage, et força le capitaine à les mener à La Havane. A cette nouvelle, M. de Bienville fit armer le traversier La Subtile et deux chaloupes, pour courir après eux, avec un détachement de soldats ; MM Duloubois, de La Harpe, Renaud, Pradel, Montigny, de Bellile, Saint-Esteberi, de Moicy furent commandés pour cette expédition. Ils partirent le 13, dans l’espérance de reprendre les déserteurs. L’expédition, n’ayant pu découvrir la trace des déserteurs suisses, s’en retourna au fort Louis, où elle arriva le 30 du même mois» (20).

Le 22 août 1722 M. de La Harpe avait appris : « que le traversier enlevé par les suisses s’était présenté à La Havane, mais que le gouverneur n’avait pas voulu les recevoir ; on avait débarqué seulement quelques-uns de ces déserteurs qui s’étaient engagés dans les troupes, et le reste avait fait voile dans le même bâtiment pour la Caroline» (20).

 

Le Baron Marc de Villiers du Terrage écrit dans son ouvrage sur l’histoire de la fondation de la Nouvelle-Orléans que « le soir du 14 septembre 1722, M. de Bienville, apprenant que plusieurs soldats complotaient de fuir en canot et d’aller s’emparer à La Balise du traversier du pilote Kerlasiou, fit battre patrouille toute la nuit » (24).

A peine instituée comme capitale, la Nouvelle-Orléans eut son chroniqueur en la personne de Diron d’Artaguiette qui écrivit un journal sur la période courant du 1er septembre 1722 au 10 septembre 1723.

Diron d’Artaguiette rapporte que « le 12 septembre 1722, le bateau l’Aventurier appareilla vers 6 heures du matin, mais fut contraint de s’amarrer à la plage à une demie-lieue sous la Nouvelle-Orléans, incapable d’avancer plus en raison de vents violents et contraires.  Le même jour à 4 heures dans l’après-midi, deux autres navires appareillèrent, des traversiers l’un commandé par Klaziou et le second par Carron, qui tous deux n’allèrent pas plus loin que l’Aventurier. Vers les 10 heures du soir advint le plus terrible des ouragans jamais vu dans ces quartiers. A la Nouvelle-Orléans 34 maisons furent détruites, ainsi que des hangars, incluant l’église paroissiale, le presbytère et l’hôpital. Dans cet hôpital se trouvaient nombre de malades et blessés. Toutes les autres maisons eurent leurs toits ou murs endommagés.

Il y eut 10 grands bateaux-plats détruits et coulés, des canoés et pirogues, en fait tout ce qui était dans le port fut détruit. Le vent venait principalement du sud-est. Les navires Santo-Christe et Neptune, ainsi que deux traversiers dont l’un utilisé comme magasin à poudre, ont été endommagés et ancrés loin au large.

Il faut remarquer que si le Mississipi avait été haut l’ouragan aurait inondé ses deux rives de plus de 15 pieds de hauteur. Le Mississipi bien que bas a vu son niveau monter de 8 pieds » (25).

Les récoltes et les denrées furent détruites en partie, ce qui causait bien des inquiétudes car les colons de La Mobile, de Biloxi et de la Nouvelle-Orléans connaissaient des périodes de grandes disettes de vivres. Plusieurs cas de rébellion sont mentionnés, les désertions étaient monnaie courante.

C’est ainsi que Diron d’Artaguiette écrit pour la journée du 15 septembre suivant : « une patrouille fut mise en place la nuit précédente, un ouvrier de la Compagnie ayant informé M. de Bienville qu’un groupe d’hommes se formait pour déserter. Il nomma même les meneurs. Ils avaient l’intention de prendre des pirogues et des bateaux  de descendre le fleuve pour y capturer le traversier commandé par Kerlaziou » (25).

Le jeune Joseph Le Queffelec, alors âgé de 25 ans, allait affronter un nouveau cas de désertion cette fois-ci avec violences corporelles à son encontre :  « Le 12 novembre 1722 nous avons appris du Fort Louis de La Mobile, que Kerlazious (sic !), capitaine d’un traversier, qui pilotait le vaisseau l’Aventurier lors de la sortie du Mississipi dont nous avons parlé en septembre dernier dans ce journal, était allé au Fort Louis charger de la farine et d’autres biens pour les transporte à La Mobile pour la Compagnie ; que le sieur Boispinel, ingénieur, avait embarqué avec lui avec tous ses effets, que cette brigantine, une fois arrivée dans la baie de La Mobile avait été investie par trente hommes armés, parmi lesquels étaient douze habitants et le reste de soldats, marins et forçats, qui prirent possession de la brigantine, et comme Kerlazious (sic !) les menaçait, ils le jetèrent sur la plage après l’avoir sérieusement maltraité, et enfin prirent le large » (25).

M. Diron d’Artaguiette revenant de son voyage sur le Mississipi le 30 juillet 1723 découvre : « Tôt dans la journée nous approchons la Nouvelle-Orléans, que nous atteignons vers midi. On ne pouvait entrer dans une maison sans y trouver une personne malade. Le vaisseau Galatée a descendu le fleuve un peu sous la Nouvelle-Orléans de manière à charger du ballast. Il y a des malades à bord. Ils nous dirent qu’il s’agissait de la fièvre pourpre …/… le 3 août 1723 la maladie continue d’emporter nombre de personnes. A la nouvelle-Orléans on y enterre 8 à 9 personnes par jour. Le 4 août Tout le monde se plaint ici de la famine. Tous ici semblent mécontents de la nouvelle administration. Le 5 août M. de Sauboye, l’un des commissionnaires appointés par le Roi pour administrer la colonie, est décédé ce jour… » (25).

Marc de Villiers écrit « Pendant plusieurs années, le climat de la Nouvelle-Orléans semble avoir été très malsain, et diverses épidémies décimèrent la population. En 1721, il mourut à Biloxi un millier de personnes …/… En septembre 1723 il mourait dans la capitale huit à neuf personnes par jour, le soixantième de ses habitants …/… Nouvelle épidémie pendant l’été de 1725, il n’y pas eu deux personnes qui n’aient été malades » (24).

Le décès de Joseph Le Queffelec est connu car, se trouvant estropié de la jambe gauche, il demanda l’aide de M. de Saint-Hilaire chirurgien de la concession de Saint-Catherine.

Le chirurgien décida de l’amputer. Joseph décéda des suites de cette opération après 10 jours d’agonie.

Ci-dessous la lettre manuscrite datée du 22 septembre 1724, signée Saint-Hilaire réclamant le paiement de son travail  : « A Messieurs du Conseil Supérieur de la Province, St-Hilaire chirurgien major de la concession de Ste Catherine disant qu’en 1723 il aurait esté apellé de la part du Sr Kerlazou (Sic !) capitaine de Brigantin pour le service de la Compagnie pour le soigner et penser à l’occasion d’une maladie qui luy estoit survenue a la jambe gauche dont il a estoit dangereusement estropié et n’ayant pu trouver d’autre expédiant pour sa guerison a esté obligé d’en venir à l’aupération qui est de lui couper la cuisse et layant pensé dix jours durant sans avoir pu vincre les mauvaises disposicions de son temperament la mort sen est ensuivye ; vous suplye très humblement d’ordonner le payment de ses traveaux qui se montent a la somme de cent cinquante livres, ce faisant ferez Justice a la Nvlle orleans ce 22e 7bre 1724 de St Hilaire » (26).

1723 Amputation Joseph Le Queffelec de Kerlaziou

 

Voilà donc les circonstances du décès des deux frères Kerlaziou ; l’ainé Michel Le Queffelec lors d’une épidémie en 1721, le cadet Joseph Le Queffelec lors d’une opération chirurgicale en 1723.

Affaiblis par la malnutrition, la difficulté et la dangerosité de leur métier, le stress lié au risque permanent d’échouage et à la perte des biens transbordés, les traquenards déjoués, les violences physiques subies et pour couronner le tout, des maladies ou blessures à l’issue fatale.

 

Le 26 mai 1724, à la demande expresse du Conseil, l’ingénieur Adrien de Pauger se fendit d’une « Instruction nécessaire au Sieur FIOU installé Pilote de Port de l’Isle de la Balise par le Conseil Supérieur de la Louisiane, pour entrer les vaisseaux dans le fleuve Mississipy, et les en sortir » (30).

François FIOU parviendra en Louisiane le 26 janvier 1725, il est dit « pilote côtier surnuméraire » dans le rôle d’équipage de la flûte « La
Gironde », vaisseau de 360 tonneaux armé à Lorient le 1er octobre 1724, campagne 1724-1725 (31).

Cette instruction est très intéressante car elle détaille les tâches qu’effectuaient les frères Queffelec, prédécesseurs du sieur Fiou : réaliser les atterrages à l’île Dauphine et à l’île aux Vaisseaux,  entretenir les bouées et ancrages, échouer et remettre à flot les vaisseaux, « déchouer » arbres et racines, déployer pavillons et signaux, draguer vase et sables du chenal, surveiller les courants violents, organiser les transferts de bâtiment à bâtiment, ….

 

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10) Ce que l’on sait de cette famille Queffelec:

Michel et Joseph sont les fils de Rolland Le Queffelec notaire puis avocat à la Cour de Brest, et de Françoise ALLAIN dame et sieur de K/laziou. Nous leur connaissons 5 enfants :

-          Rolland décédé en nourrice au Guern en Logonna-Quimerc’h le 28/2/1683, son père Rolland est dit de Port-Launay

-          Michel né à Port-Launay vers 1682, maître et pilote de la rade de Brest, sieur de Kerlaziou décédé vers 1721 à Biloxy en Louisiane

-          Françoise née vers 1690, mariée à Jean Nicolas COULLOC’H sieur de Keriou, avocat à la Cour le 27/11/1719 à Brest Les-Sept-Saints, décédée le 18/9/1720 à Brest Les-Sept-Saints

-          Jeanne mariée à Gabriel POULAIN sieur de Kerautret le 22/11/1718 à Brest Les-Sept-Saints

-          Joseph né à Brest vers 1697, second-maître et pilote, décédé le 3/9/1723 à la Nouvelle-Orléans

 

Nous connaissons les parents de Rolland Le Queffelec par les aveux de la Réformation des Terriers de Bretagne de 1678. Le terrier de Châteaulin précise que Rolland et sa sœur Anne Le Queffelec ainsi que leur mère Jeanne Horellou veuve de Jan Le Queffelec possèdent une maison couverte d’ardoises et jardin, maison qui fut faite bâtir par défunt Henry Lysac. Cette maison est située au bas de la montagne du L’hohennec parez qui représentait alors la moitié du Port de Launay du côté de la dicte paroisse de Saint Segal (27):

1678 Terrier Châteaulin L'hohennec parez_1

1678 Terrier Châteaulin L'hohennec parez_2

 

Ce même terrier établit que sur la montagne de l’hohennec, à côté de la maison de Rolland Le Queffelec se situe une autre maison qui fut faite bâtir par défunts Guillaume Le Queffelec et Renée Lyzac son épouse (26):

1678 Terrier Châteaulin L'hohennec parez_3

 

 

Ci-après trois toiles du Port de Launay peintes en 1811. Ce tryptique se trouve de nos jours en mairie. Côté Saint-Ségal  se trouvent donc les maisons de Guillaume Le Queffelec époux Renée Lyzac et Jean Le Queffelec époux de Jeanne Horellou, les deux notaires royaux à Pleyben et Châteaulin:

 

Le port de Launay, côté Saint-Ségal avec la montagne du L’Hohennec Perez en second plan:

1811 Tryptique Port-Launay_1 

 

Le port de Launay, la place principale au centre:

1811 Tryptique Port-Launay_2 

 

Le port de Launay, côté Châteaulin:

1811 Tryptique Port-Launay_3

   

 

 

Nous connaissons les parents de Françoise Allain épouse de Rolland Le Queffelec par les aveux  de la Réformation des Terriers de Bretagne de 1678.

Le terrier de Lambezellec nous apprend que les nombreuses biens fonciers de Rolland Le Queffelec lui viennent de son épouse Françoise ALLAIN qui les tient de sa mère Jeanne Le Stobec décédée en 1662 qui elle, les tenait de sa mère Ollive Loseach fille de Guillaume Loseach par acte du 30 may 1616. On apprend également que Rolland Le Queffelec réside encore à cette date au Port de Launay, paroisse de Saint-Ségal (33) :

1678 Terrier Lambezellec Rolland Le Queffelec Kerlaziou_1

1678 Terrier Lambezellec Rolland Le Queffelec Kerlaziou_2

 

 

Jan Le Queffelec père de Rolland est décédé le 26 février 1666, il est inhumé à Saint-Idunet en Châteaulin, âgé de 90 ans, originaire de Pleyben, il est dénommé « maistre » .

Jean Le Queffelec fut parrain de Marguerite Bradol fille de Sébastien et de Olive Monjour baptisée le 17/2/1640 à Châteaulin. Jean est dit « maître », la marraine est demoiselle Marguerite Cheberry.

Cette affinité spirituelle montre le lien que la famille Queffelec entretient avec la famille Basque « Cheberry » (Tinevez en Breton) commerçants à Morlaix, Quimperlé et à Saint-Jean-de-Luz, elle-même alliée aux Lyzac commerçants à Landerneau, Morlaix et Port-Launay.

 

Guillaume Le Queffelec quant à lui, est notaire royal. Lui et son épouse Renée Lyzac furent à de multiples reprises parrains lors de baptêmes à Pleyben. Ils ont une fille Jacquette née à Pleyben en 1638.

Renée Lyzac est la fille d’Henry Lyzac et Marie Hervichon. Elle, est originaire d’Audierne, probablement fille de Paul Hervichon dit « mercator d’Odiern » lors d’un baptême en 1604. Henry est marchand, à la naissance de son fils Nicolas en 1625 à Châteaulin, est parrain Nicolas Lyzac que l’on sait installé à Landerneau.

Un Louis Le Queffelec, est aussi notaire royal à Pleyben, sieur de K/funs, mentionné comme tel lors de baptêmes de nouveaux-nés, de 1640 à 1670.

Ils sont notaires royaux probablement depuis plusieurs générations.

Leur beau-frère François Jouet sieur de la Brosse époux de Marie Le Queffelec est advocat originaire de Saint-Martin de Joué en Anjou, leur beau-frère Mathieu Rivoall sieur de coathuel époux de Françoise Le Queffelec est maître général d’armes.

D’autres Le Queffelec sont également notaires royaux ailleurs et à la même époque dans le Finistère par exemple à Quimper et au pays du Cap. Dans l’état actuel de nos connaissances rien ne permet cependant de confirmer une quelconque parenté avec ceux de Pleyben.

L’avancée des Le Queffelec sur Brest vers 1670 est la conséquence de contacts et voyages fréquents avec la clientèle portuaire du pourtour Finistérien. Leur alliance matrimoniale sur Brest les intègre à la parentèle des Le Stobec, et les propulsent aussitôt dans les entreprises les plus risquées du royaume de France.

Michel Le Queffelec est dit « Pilote » bien avant son départ pour la Louisiane. Par exemple on en trouve la mention dans un acte de baptême, le 22 février 1717 à Brest les Sept-Saints. Il signe K/laziou Le Queffelec, il est "philote":

1717 Michel Le Queffelec de Kerlaziou parrain à Brest Les Sept Saints

         

Nous avons également un texte autographe de son père Rolland Le Queffelec, daté du 6 juillet 1704, écrit dans le cadre d’une procédure civile entre les héritiers de Jean Allain son beau-père. On apprend par ce dossier que le décès de Rolland Le Queffelec se situe entre le 6 juillet 1704 et le 16 novembre 1706 :

 « Monsieur, Je vous dires que nous sommes convenues mon beau-frère et moy que nous nous acomodrons dans un moy est an quoy je vous prie de ne faire aucuin poursuinte et quand jaure de largent je vous paires an attandant vous voir je demeure respect Monsr vostre tres humble et tres obeissant servitteur. K/laziou le:queffelec » (28):

1704 Rolland Le Queffelec de Kerlaziou

 

 

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11) Conclusion :

 

Dans son ouvrage « Histoire de la Fondation de la Nouvelle-Orléans », chapitre consacré au « Vieux Carré » Marc de Villiers écrit que : « A la liste nécrologique des fondateurs de la Nouvelle-Orléans, il convient d’ajouter le nom de Kerlaziou, décédé le 3 septembre 1723. Très habile pilote, ce fut lui qui démontra pratiquement la possibilité de faire remonter le Mississipi par tous les navires » (24).

De même Henri Bourde de La Rogerie dit dans son ouvrage : Les Bretons aux îles de France et de Bourbon aux 17 et 18èmes siècle « le pilote bas-breton Kerlaziou reconnut le cours du Mississipi » (11).

 

Deux jeunes hommes passionnés par la Mer et la Navigation ont donné jusqu'à leur vie pour notre belle et immense Louisiane.

Courage, bravoure, constance et professionnalisme dans leur travail et enfin, la reconnaissance de leurs pairs.

Chapeau bas Messieurs les Queffelec !

Trugarez vras.

Mille mercis d’avoir laissé quelques traces fugaces qui ont permis à l’auteur de ces lignes de goûter un peu à votre folle et délicieuse aventure.

                                                                     

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12) Sources :

Je liste ci-dessous les sources dont les cotes apparaissent entre parenthèses au fil du texte.

De nombreuses autres sources ont été consultées:

                                                                               ANOM (Archives d'Outre-Mer) à Aix-en-Provence,

                                                                               CARAN (Archives Maritimes) à Paris,

                                                                               Archives du Ministère des Affaires Etrangères à la Courneuve,

                                                                               BNF (Bibliothèque Nationale de France) à Paris.

 

Pour l'insant je n'ai pas eu accès aux Fonds américains: bibliothèques, musées, universités, études notariales, etc....

 

Lecteur, aidez-moi, si vous connaissez ou être en possession d'une source, adressez la moi que je puisse l'analyser et enrichir cet article.

Je vous en remercie par avance.

Yves Queffelec

 

1)      La Louisiane sous la Compagnie des Indes, 1717-1731, Pierre Heinrich, 1907

2)      Marins Français explorateurs par MM Lambert et Perchoc, 2007

3)      La marine et les colonies : commerce, Paul Lacroix, 1888

4)      Techniques et culture : la formation des officiers de Marine depuis Colbert, par Patrick Geistdoerfer, 2005

5)      Fédération nationale du mérite maritime et de la médaille d’honneur des marins (section Finistère)

6)      Revue d’histoire des sciences et de leurs applications : l’instruction des gardes de la Marine de Brest en 1692 par M. François Dainville, 1956

7)      Voyage de la Louisiane fait par ordre du Roy en 1720, Antoine de Laval, 1728

8)      Les sociétés urbaines au XVIIème siècle, Jean-Pierre Poussou, 2007

9)      Armateurs et marins bretons d’autrefois : un voyage au long cours au commencement du XVIIIe siècle, de Brest aux îles, Armand Corre, 1897

10)   Nouveaux voyages aux indes occidentales, JB BOSSU, 1768

11)   Les Bretons aux Iles de France et de Bourbon par Henri Bourde de La Rougerie, 1931

12)   Jean Baptiste Bénard de la Harpe par Marc de Villiers, 1934

13)   Poème de M Dumont de Montigny, manuscrit, 1744

14)   Charles Gayarré, La Louisiane sous la Compagnie des Indes 1717-1731, La Nouvelle-Orléans, 1846

15)   Journal historique d'un voyage en Amérique septentrionale, Pierre-François-Xavier Charlevoix, 1744

16)   Dernières années de la Louisiane Française, Marc de Villiers, 1905

17)   La Louisiane, Eugène Guénin, 1904

18)   Histoire de la Louisiane, Le Page du Pratz, 1758

19)   Mémoire sur l'état de la colonie, Marc Antoine César Anne HUBERT ingénieur, commissaire-ordonnateur de la Louisiane, 1723 (A.N.O.M.)

20)   Journal historique de l’établissement des Français à la Louisiane par Jean-Baptiste Bénard de La Harpe, Jean de Beaurain, Paris 1831

21)   Rôle d’équipage du traversier « La Légère » clos le 17/4/1720 à La Rochelle, in « minutier du notaire René-François DESBARRES » notaire royal à La Rochelle. AD17 Cote 3E 592 f° 48-49.

22)   Arrêt du conseil d’estat dispensant les vaisseaux armés par la Compagnie pour la Louisiane du transports des soldats engagés et leurs fusils (10 janvier 1718). Arrêt du conseil d’estat concernant les engagés au service de la Compagnie d’Occident (8 novembre 1718)

23)   Archives Départementales du Finistère Série B article 1423 

24)   Histoire de la Fondation de la Nouvelle-Orléans (1717-1722) par Marc de VILLIERS, Paris 1917

25)   Journal de Diron d’Artaguiette in The Mereness’s travels in the American colonies, Mac Millan Company, New-York 1916

26)   Louisiana Historical Quarterly, Petition of Recovery. Surgical Bill. September 22, 1725. St. Hilaire, surgeon major of St. Catherine grants

27)   Réformation du terrier de Bretagne 1678-1684, P1558, CARAN

28)   Archives Départementales du Finistère Série B article 1976 

29)   Cercle Généalogique du Finistère, base RECIF et revue Le Lien

30)   Instruction au pilote du port de la Balise datée du 26 Mai 1724 par M. de Pauger (A.N.O.M.)

31)   Site Mémoire des hommes, Compagnie des Indes, Armement des navires.

32)   Cartes et plans des archives de la Marine

33)   Réformation du Terrier de Bretagne 1678-1684 P1530, CARAN

34)   Ordonnance de la marine, du mois d'aoust 1681. Commentée & conférée avec les anciennes ordonnances, & le droit écrit, avec les nouveaux règlemens concernans la marine, G. Cavelier (Paris), 1714

35)   Ordonnance de Louis XIV pour les armées navales et arcenaux de marine, Paris, 1689

36)   Recueil des lettres missives de Henry IV, Tome III, années 1589-1593, Paris 1846

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13) Rôles d'équipages

 

« La Légère », traversier ou brigantin de 30 tonneaux, capitaine Kerlaziou Le Queffelec (21)

 

1720 Rôle de la Légère commandant Michel Le Queffelec de Kerlaziou

 

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1720 Rôle de la Légère commandant Michel Le Queffelec de Kerlaziou_2

1720 Rôle de la Légère commandant Michel Le Queffelec de Kerlaziou_3

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14) Listes des pilotes du Finistère établie à partir des registres de catholicité depuis leur début jusqu’à la fin du 18ème siècle (29)

 

 En cours de finalisation

 

 

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