19 Juillet 2014. Demat, bonjour, hello,

Cet article pour vous faire découvrir une tragédie ordinaire, vécue par des hommes ordinaires à qui l'on impose des conditions extra-ordinaires.

Dans ce blog, voir aussi un autre article "morts sous les drapeaux", vous y trouverez également mention de Jean Queffelec:

1915, le 18 avril, transcrit à Pouldreuzic (29) le 26/5/1915: Jean 39 ans, né le 24/9/1876 à Treguennec, fils de Marie QUEFFELEC, mort des suites blessures de guerre à l'ambulance coloniale n°13 de Hans (51). Famille [Treguennec K/vaillant]

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Jean est originaire de Treguennec commune du Finistere, pays Bigouden. Voici une photographie de son village, la chapelle Saint-Vio:

La chapelle Saint Vio

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La fiche MDH officielle:

Fiche mémoire des hommes Jean dcd en 1915

Voici la version réelle découverte fortuitement sur le WEB: le soldat Le Dihan Pierre n° Mt 020101 (au corps) a tué le sgt-Major VILLENAVE François et le soldat QUEFFELEC Jean et blessé le soldat CARLIER ou CARTIER Léopold" .

Voici la lettre intégrale de l'adj Jean BASCOU datée du dimanche 18 avril 1915 (à l’intérieur une carte de localisation découpée dans un journal)
 
Ma chère Françoise
 
Aujourd’hui, nous avons du repos, et j’en profite, pour m’entretenir quelques instants avec toi. Ton honorée du 12 m’a été remise ce matin elle m’a fait bien plaisir. Ainsi que je te le disais sur ma carte, nous avons été relevés par un régiment colonial d’a côté, et nous avons pu arriver dans les cages, qui nous abriteront pendant 6 jours, vers minuit seulement.
Un dramatique incident survenu en cours de route, a retardé un peu notre marche. Voici le fait, un cuisinier de la 13ème Compagnie originaire de la Bretagne, en cours de route est devenu subitement fou, il s’est enfui dans les champs, et a tiré sur ses camarades, il a blessé deux soldats, et tué un sergent major. Cela venait d’être fait quand nous passions sur la route, et pour éviter d’autres accidents, nous avons attendu un bon moment. Une patrouille lancée a ses trousses n’a pas pu le découvrir et ce matin on a pu le prendre, et le mettre en lieu sur pour l’empêcher de nuire, son affaire sera surement vivement réglée. Mais passons, j’ai appris avec satisfaction que l’on n’avait pas réquisitionné d’autres chevaux, j’ai l’espoir que le notre ne vous sera pas pris, ce qui vous facilitera l’exécution des divers travaux, pour préparer et conserver vos récoltes. Après les labours, je recommande à ton père d’avoir bien soin de déblayer les rigoles, afin que nos propriétées ne souffrent pas trop des pluie orageuses qui pourraient survenir car rien ne déprécie d’avantage une proprièté que le ravinnement des terres, qu’il veuille bien me pardonner, de lui dire cela car je suis assuré, qu’il fera tout son possible pour tenir nos vignes en bon état. Quand tu auras cette lettre, on t’aura remise celle que j’ai faite à mes enfants, et dans laquelle j’avais mis quelques fleurs, ont-ils été joyeux de cette petite surprise. Je suis vraiment touché, de tout ce qu’ils font pour me faire plaisir, et pour les remercier je ne dispose que de bien peu de chose. Mais puisqu’ils sont si friands de mes lettres, je tacherai en retour de leur en faire de temps a autre quelques unes spécialement destinées à eux. Tes envois me touchent régulièrement, mais je n’ai reçu qu’un colis, celui qui contenait les saucissons, le chocolat, le papier a lettre et le crayon, qui me sera dés plus utiles vu qu’il est très rare, d’avoir de l’encre. L’autre dont tu me parles, me parviendra surement a bref délai. Cette fois le papier est arrivé en bon état, il est très bon quand tu m’en enverras d’autre achète du même. Il me semble t’avoir déjà dit que je me trouvais dan la Marne tout près de Bauséjour, et plus exactement à Massiges et Virginie, deux villages martyrs, et où presque plus une maison ne reste debout. Un tel spectacle, me cause une tristesse infinie, quel contraste avec la beauté du pays, et dont les terres légèrement mamelonnées sont d’une grande fertilité, et s’il n’y a pas de vignes, c’est la culture du blé qui prédomine, mais l’ensement n’a pas pu se faire, car les terres sont chaque jours bombardées par le canon. Et cela depuis le mois de septembre aussi on ne voit que des troupes, on ne voit pas un seul habitant.
Paul m’écrit assez souvent ; dans les Vosges, ils ont encore beaucoup de neige. Ici le climat est excellent, ainsi aujourd’hui, il fait très chaud. Il faudra que tu me prépares des chaussettes, du côton, et tu les enverras quand je t’en ferai la demande, j’aurai besoin aussi de chemises celles que j’avais à Bizerte me feront l’affaire deux me suffiront. Je suis heureux de constater, que tu supportes courageusement les angoisses d’une si longue séparation, mais je suis sur que bien souvent des larmes perlent à tes yeux que ne suis-je près de toi, pour les essuyer, et les changer en pleurs de joie. Un jour viendra, où nous pourrons sinon les tarir, du moins les mêler. Tournons notre regard vers nos enfants, vers un avenir renouvellé de foi, et d’amour, et nous gouterons alors la béatitude d’une union sainte, et que rien ne viendra plus briser.
Je vous embrasse
Ton Jean qui t’aime"

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